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Vous pouvez effectuer des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl I ^^/^^ nu? L'IMPRIMERIE EN BRETAGNE AU XV SIECLE L'Impiumkrie en Bretagne au XV' siècle a été tirée à a 5o exemplaires iii-40 vergé, pour tes membres de la Société des Bibliophiles Bretons, et à i5o in-S", même papier, pour être mis en vente. L'IMPRIMERIE EN BRETAGNE AU XV SIÈCLE ÉTUDE SUR LES tKCimABLBS BRETONS, AVEC FAC-SIHILE CONTENANT LA REPRODUCTION INTÉGRALE DE LA PLUS ANCIENNE IHPRESSION BRETONNE LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES BRETONS MA^'TES SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES BRETONS ET DE L^HISTOIRE DE BRETAGNE H.DCCC.LXX.VIII t l^A * > o* n* INTRODUCTION I les bibliophiles sont y comme leur nom le dit, les amis des livres, leur premier devoir est de s'occuper des livres et de Vart qui les produit, de l'imprimerie et de son histoire dans chaque pays et dans chaque pro^ vince, de ses origines si intéressantes , si peu connues, et surtout des curieux monuments qui sont comme les langes de son berceau et ont pris de là le nom vénéré ^'incunables. La Société des Bibliophiles Bretons l'a ainsi compris. Elle a voulu que l'une de ses premières publicationsfut consacrée à l'histoire des origines de l'imprimerie en Bretagne, à l'étude appro^ fondie des incunables bretons. L'art typographique fit son entrée en Bretagne en 1484, quatorze ans après sa première appari- tion à Patois. Les œuvres qu'il produisit dans B VI INTRODUCTION notre province pendant le X F* siècle ^ celles du moins que Von connaît ou dont on a la trace, ne sont pas nombreuses: vingt-deux seulement ; mais elles ont un caractère qui les distingue de la plupart des incunables des autres provinces de France, et qui leur assure un rang à part. Ailleurs, ce quon imprime d'abord, ce qui compose presque entièrement la série du XV^ siècle, ce sont des livres usuels et de pratique : de la théologie et de la liturgie (heures^ missels, bréviaires), de la jurisprudence (coutumes, for^ mulaires), des livres classiques (grammaires, dic^ tionnaires, etc.), et, sauf les coutumes, à peu près tous en latin. En Bretagne, sur vingt-deux incunables, il y a cinq volumes de jurisprudence (n^ g, ii, 14, 21, 22 delà liste donnée ci-dessous, p. i à 3), une paire d'heures fw® 20), un dictionnaire (n^ i5); encore ces deux derniers livres sont-ils de r avant-dernière année du XV^ siècle. Les quinze autres ont tous un caractère littéraire ou légendaire très-marqué et parfois même très- original ; dix sont en vers, tous en langue fran- çaise ; sur toute la série on ne rencontre le latin que dans le volume d'heures et dans le diction- naire, où, il se mêle au français et au breton. INTRODUCTION VII Fond et forme, tout est intéressant dans ces vieux et rarissimes volumes, la première moisson typographique issue du sol breton. Jusqu'ici pourtant on n'y a guère pris garde: du fond on ne s'est jamais inquiété, de la forme très-peu. C'est encore le Manuel de Brunet qui fournit le plus de renseigftements ; il donne le titre de la plupart de nos incunables, la souscription de quelques-uns, la description de deux d'entre eux (Coutume de Tréguier et première édition de Meschinot). Avec ces renseignements, auxquels il a ajouté peu de chose, feu M. Jausions a dressé une liste méthodique à peu près complète des impressions du X P siècle, où, il s'est pourtant glissé quelques erreurs que nous aurons occasion de relever. En publiant cette nomenclature *, on l'a décorée du titre de Description, qui ne peut j^ être appliqué. Dans son Histoire de Timprimerie en Bretagne *, * Revue de Bretagne et de Vendée, 1875, 2* semestre, p. 459 à 464. — D. Plaine a publié ce document à la suite de son Essai sur Vhistoire de Vimprimerie en Bretagne, travail rédigé presque entièrement sur les recherches, notes et papiers laissés par feu M. Jausions. — ^ Brochure de 62 pages în-8% imprimée à Rennes en ifiiSy, voir p. 7 et 8. L'auteur de ce travail est un laïque, quoique D. Plaine Tintitule « M' Pabbé *,(Ibid,, Revue de Bret, et de Vendée, 187Î, 2* semestre, p. 243.) VIII INTRODUCTION M. Toussaint Gautier* donne des noms et des refîseigfiements curieux pour les trois derniers siècles; mais il ne s'est, pour ainsi dire, pas occupé du XV^. Il se trompe sur les dates. Il rapporte au duc breton François II, mort en 1488, l'introduction de Vimprimerie à Nantes, qui est de I4g3, Il met au 26 mars 1484 V édi- tion de la Coutume, donnée à Rennes en 1485, pour n'avoir pas remarqué qu'en ce temps-là le millésime de l'année change à Pâques, et que, par suite, toutes les dates du /*'' janvier au 2 avril 1484, inscrites dans les documents de l'époque, se rapportent réellement à Vannée 1485. Feu M. de Kerdanet, qui eut le mérite d* attirer le premier l'attention sur nos incunables * était tombé, quarante ans plus tôt, dans la même méprise que M. Toussaint Gautier; elle l'avait mené à troubler tout l'ordre chronologique des impressions de Bréhant-Loudéac : trouble qui a passé de là dans la Biographie bretonne de M. Levot *. M. de Kerdanet fait aussi de Pierre de Nesson (auteur de l'une des pièces imprimées à Bréhant, voir ci-dessous, p, 2g) un « officier de * Notices sur les écrivains et les artistes de la Bretagne, par D. Miorcec de Kerdanet, avocat. Brest, irapr. Michel, 18 18, in-8*, p. 62 à 67. — * Tome I, p. 482, art. Cre^, INTRODUCTION IX Jean P", duc de Bourgogne, en 1420 * » tandis quil était attaché à Jean /•% duc de Bourbon, pris par les Anglais à la bataille d'A\incourt en 141 5 et mort en 1433 *. Cest changer un armagnac, patriote français et anglophobe, en bourguignon anglophile : erreur fidèlement reproduite quand on a publié le travail de M, Jausions '. Une autre faute, bien facile à éviter, où, sont tombés, comme moutons de Panurge, presque tous les bibliographes étrangers à la Bretagne * qui ont parlé des impressions de Bréhant-Lou^ déac, c'est de confondre cette paroisse rurale avec la ville de Loudéac, chef lieu d' arrondisse^ ment du département des Côtes-du^-Nord. L'un d'eux va même jusqu'à expliquer que, dans l'usage moderne, Bréhant a disparu, Loudéac seul reste. Bréhant reste aussi, quoi quon en dise; mais il * Il faudrait dire 1419, car Jean-sans-Peur périt cette année-là, à Montereau, le 10 septembre. -- * Voir Goujet, Bibliothèque française, t. ix, p. 177; et \sl Nouvelle biographie générale, de F. Didot, t. xxxvii, col. 777. — • Revue de Bref, et de Vendée, 1875, 2* semestre, p. 460. — ♦ Entre autres, Panzer, Annal, typograph,; Brunet (voir ci-dessus p. 97); M. Deschamps, Z)ic- tiqnnaire de géographie à Vusage du libraire et de Pamateur de livres (Paris , Firmin Didot, 1870, in-8*), où on trouve Tarticie suivant: a Loudeacum, Lodeacum, Brehan-Loudeac, Brehant- Lodeac, aujourd'hui Loudéac, ville de France (Côtes-du-Nord), » L'IMPRIMERIE EN BRETAGNE AU XV SIECLE XII INTRODUCTION plus ancien de ces monuments, le Trespassement Nostre Dame ou Trépassement de la Vierge, on le trouvera à la fin de ce volume^ On trouvera aussi dans le texte plusieurs autres fac-similé de fleu-- rons, de vignettes ou d'impressions, obtenus par le même procédé. Pas de nom d'auteur sur ce volume. C'est une œuvre collective. Sans les secours, les renseigne^ ments venus de toutes parts, elle eût été impos^- sible. Le mérite de l'entreprise appartient vrai' ment à la Société des Bibliophiles bretons. Elle tient à y associer trois hommes, dont elle a reçu le plus précieux concours, encore qu'elle n'ait pas l'honneur de les compter dans ses rangs : M. Léopold Delisle, directeur de la Biblio^ thèque Nationale, — M. Olgar Thierry, biblio- thécaire aux Imprimés dans le même établisse- ment, — et M. Thomas Dobrée, dont la belle collection est si renommée parmi les bibliophiles. L'IMPRIMERIE EN BRETAGNE AU XV SIÈCLE ^N a signalé dans la province de Bretagne, comme ayant été au XV* siècle le siège d^ateliers typographiques, cinq localitèS| — Bréhant-Loudéac j Rennes y Tréguier; Lantenac et Nantes y — nommées ici dans Tordre chro- nologique des plus anciennes impressions attribuées à chacune d^elles. Le nombre des incunables bretons, c^est-à-dire des livres ou livrets que Ton peut, jusqu^à présent, indi- quer comme imprimés en Bretagne dans le cours du XV* siècle, monte à vingt-deux. En voici la liste : . Impressions de Bréhant-Loudéac 1 . Le Trépassement de la Vierge (en vers), — dé- cenibre 1484. 2. Les Lois des Trépassés avec le Pèlerinage de Jean de Meung (en vers), — 3 janvier 1485. 3. La Patience de Griselidis, — 18 janvier 1485, L'iMPSniBItll EN BUETAGHB 4. Le Bréviaire des Nobles (en vers), 25 janvier 1485. 5. L'Oraison de Pierre de Nesson (en vers), — 27 janvier 1485. 6.. Le Songe de la puceîle (en vers], — janvier 1485. 7. Le Miroir d'or de l'âme pécheresse, — 6 mars 14^5. 8. La Vie de Jésus-Christ, — 3o avril 1485. 9. La Coutume de Bretagne^ — 3 juillet 1485. 10. Le Secret des secrets d'Aristote, — sans date, mais évidemment contemporain des huit publications précédentes. Ces dix impressions sont sorties d^un atelier unique, dirigé en commun par Robin Foucquet et Jean Grès. Impressions DE Rennes 11. La Coutume de Bretagne, — 26 mars 1485. 12. Le Floret en français (en vers), — 1485. li. La Grande absoute de Pâques, — sans date. Ces trois impressions sortirent d^un seul atelier, dirigé en commun par Pierre BellescuUée et Josses. Impressions de Tréguier 14. La Coutume de Bretagne, — 17 mai et 4 juin 1485. — Imprimée par Ja. P. iS. Le Cathoîicon de Jean Lagadec^ dictionnaire breton-latin-français, — 5 novembre 1499. — Imprimé par Jean Calvez. AU Zy« SIECLE Impressions de Lantenac i6. Le Doctrinal des nouvelles mariées (en vers), — 5 octobre 1491. 17. Les sept Psaumes en français (traduaion en vers), — sans date. Ces deux impressions sortirent de Patelier de Jean Crès, qui avait été l'associé de Robin Foucquet à firéhant-Loudéac. Impressions de Nantes 18. Les Lunettes des Princes de Jean Meschinot (en vers), i^ édition, — i5 avril 1493. 19. Même ouvrage^ 2* édition, — 8 juin 1494. 20. Heures à l'usage de Nantes, — 27 janvier 1499. 21. Table de la Coutume de Bretagne^ — sans date. 22. Ordonnance de Charles VIII^ — sans date. Ces cinq impressions sortirent de Patelier d'Etienne Larcher. Cette liste nous fournit seulement sept noms d'imprimeurs, dont un n'est même indiqué que par son initiale, savoir: Robin Foucquet, qui exerça à Bréhant-Loudéac ; Jean Crès, à Bréhant-Loudéac et à Lantenac; Pierre Bellescullée ) , n T > à Rennes ; JOSSES ) ' Jean Calvez) ^ ^ Etienne Larcher, à Nantes. L'iMPROORn EN BRETAGNE AU XV« SIECLE Nous allons maintenant donner la description bibliographique de ces vingt-deux incunables , avec analyse et citations de ceux que nous avons pu exa- miner à loisir. On trouvera même en entier en fac- similé, à la fin de ce volume, le texte de la plus ancienne de nos impressions bretonnes, le Trépas^ .sèment de la Vierge. IMPRESSIONS DE BRÉHANT-LOUDéAC V l'i'U ES impressions de Bréhant-Loudéac forment la série la plus nombreuse et la plus intéres- sante des incunables bretons. Bréhant-Loudéac n^est et n^a jamais été qu^ane paroisse rurale ^ fort ordinaire , un village sans im- portance. Il était alors compris dans les domaines de Jean de Rohan, seigneur du Gué de Plsle, qui fut certainement le protecteur de Robin Foucquet et de Jean Grès et peut-être le premier introducteur de Pan typographique en Bretagne. Circonstance qui vaut à cette bourgade Thonneur d^avoir possédé la première imprimerie établie dans notre province , celle du moins d^où est sortie la plus ancienne impression à •date certaine. Un point à noter, c'est que les dix impressions datées de Bréhant-Loudéac se ressemblent absolument: même format (petit in-4®), même caractère, même justification, même nombre de lignes à la page et même hauteur de page, même papier avec même fili-^ grane: on dirait le même livre. Du reste, ces dix . * Située, avant la Révolution, dans le diocèse de Saint-Brieuc, .aujourd'hui commune du canton de Rohan, arrondissement de Ploêrmel (Morbihan). niPRKSSIONS ouvrages furent exécutés en une seule année, de décembre 1484 à la fin de 1485. Le caractère est gothique, carré, anguleux, pas très- élégant , mais très-net Le tirage est généralement bon, noir, égal , sans bavures, sauf toutefois dans la Patience de Griselidis, où le caractère, chargé d^encre d'une façon fort inégale, tantôt s'est écrasé et a trop marqué, et tantôt trop peu. La hauteur de page est de i36 millimètres et la justification de 90, le nombre de lignes 27 à la page; mais dans toutes les impressions de Bréhant, sauf deux (la Vie de Jésus^Christ et la Coutume de Bre-^ tagne)y les pages au bas desquelles sont placées les signatures des feuillets (ai, aii^ etc.) n'ont que z6 lignes, la signature comptant pour une ligne. Dans tous les incunables de Bréhant, Vi et Vjr sont tou-< jours pointés. On doit reconnaître aussi , dans la série des im- pressions de Bréhant-Loudéac, sinon un plan arrêté, du moins l'idée de former, sous une forme facilement accessible et en langue française, une sorte de petite encyclopédie religieuse, morale et juridique, à l'usage — on dirait aujourd'hui — des gens du monde. Les deux premières impressions (le Trépassement de la Vierge et les Lois des Trépassés) répondent aux deux traits les plus marqués, les plus populaires de la piété bretonne: le culte de la sainte' Vierge et la prière pour les morts. — VOraison de Pierre de Nesson, c'est encore la dévotion à la Vierge, sous une forme fort originale, on devrait même dire exa- gérée, si elle n'était avant tout un jeu d'esprit. — Le Miroir d*or de Vdme pécheresse renferme, sous un petit volume (116 pages) et dans un style qui s'élève DE BRéHANT-LOUDiAC parfois à Péloquence, la quintessence ou, comme on disait alors, la somme de la théologie ascétique et de la théologie morale. — La Vie de Jésus^Christ con- tient, en réalité, à grands traits et non sans additions légendaires, toute Thistoire de la religion depuis la création du monde jusqu^à PAscension de Notre* Seigneur et à PAssomption de la Vierge. A ces cinq publications religieuses on ajouta, en faveur de certaines classes, trois livrets de morale : le Bréviaire des nobles, pour les gentilshommes; le Songe de la pucelle, pour les filles; la Patience de Griselidis, pour les femmes. Les huit premières impressions de Bréhant- Loudéac avaient pour objet de tracer aux hommes, dans Tordre moral et religieux, la règle de leurs devoirs. Il fallait de plus leur donner le moyen de défendre leurs droits et de ne pas se laisser tromper par trop dans le commerce du monde. Les deux der- nières impressions tendent à ce but. L'une est la Cou» tume de Bretagne, suivie des Constitutions, établisse' ments et ordonnances des ducs, c'est-à-dire toute la législation civile et politique du duché. L'autre est le Secret d*Aristote : traité de physiognomonie des plus curieux, qui donne moyen de pénétrer à première vue le tempérament , les tendances et les passions des gens avec qui Ton traite , et par suite d'éviter d'être leur dupe. Tel est le caractère général de cette remarquable série de Bréhant-Loudéac. Venons maintenant au détail. êsSXiàA I. — Le Trépassement de la Vierge |n-4® gothique de 7 feuillets non chiffrés, for- mant un seul cahier, dont les trois premiers feuillets sont signés a i,aii, a iii. Il y avait probable- ment un 8** feuillet, soit au commencement avec un titre, soit plutôt à la fin complètement blanc. Comme dans toutes les impressions de Bréhant-Loudéac, la page a 27 lignes, sauf les pages signées qui en ont 26. Incipit (f. I", sign. ai, r*») : « Benoiste soit leure et le iour Quil pleust a nostre créateur Nasquîr de la vierge marie Par qui nous est rendu la vie. » Souscription (f. 7* v«) : o Cy finist le trespassement nostre || dame imprime par Robin foucquet || et iehan cres soubz noble et puissant || seigneur Iehan de rohan seigneur du || gue de lisle Ou moys de décembre. || Lan mil iiii'^iiii vingts et quatre. » Et un peu au dessous, en forme de signature, au milieu de la ligne : « Robin Foucquet. y» L^exemplaire de la Bibliothèque Nationale, au« jourd^hui le seul connu, fait partie d^un recueil coté Y 44 18 A, qui contient sept pièces reliées ensemble dans Tordre suivant : i* Les Lois des Trépassés et le Pèlerinage de Jean de Meung, — 2* l'Oraison de Pierre 10 IMPflESSIONS de Nesson, — 3® le Trépassement de la Vierge^ — 4* le Songe de la Pucelle, — 5* le Bréviaire des nobles, — 6® la Patience de Griselidis, — 7* La très célébrable prise de Grenade, — Les six premières de ces pièces ont été imprimées à Bréhant-Loudéac. Leurs dimensions, dans cet exemplaire, sont néces- sairement les mêmes : 202 millimètres de haut sur i38 de large. La septième ne porte ni lieu ni date ni nom d'imprimeur ; on a voulu l'attribuer à Lan- tenac, nous en dirons un mot en parlant des impres- sions faites dans cette abbaye. Le Trépassement de la Vierge, dont l'auteur est ignoré et dont on ne connaît point d'édition plus vieille que celle-ci, est un poème de 355 vers octo- syllabiques, qui semble une imitation plus ou moins directe, et en tous les cas fort abrégée, du livre apo- cryphe Transitas sanctœ Mariœ, attribué à saint Jean l'évangéliste, mentionné en 494 par le pape Gélase, et dont l'abbé Migne a publié une traduction française au t. II (p. 5o6-532) du Dictionnaire des Apocryphes, compris dans sa 3® Encyclopédie théO' logique (Paris, i858). S'il faut en croire notre auteur (vers 3o2 et suivants), il n'aurait fait que traduire ou paraphraser un autre récit ancien, plus ou moins au- thentique, attribué à Joseph d'Arimathie. Voici, en bref, l'analyse de ce petit poème. Quelque temps avant la Passion de Notre-Seigneur, Marie avait demandé à son Fils de vouloir bien, quand il serait remonté aux cieux, lui faire annon- cer, à elle Marie, quelques jours d'avance, le moment de sa mort, et lui envoyer, pour l'assister dans ce passage, les anges et les apôtres. Jésus le lui accorda. Trois jours avant la mon de la Vierge, DE BRéHANT-LOUDÉAC II Gabriel vint, sans point d'ezceiz, Qui son derrain annuncia Et luy dist Ave Maria. Dès lors « le bon Joseph d^Arimathie » qui, dit notre poème, « gouvernoit la Vierge Marie », se tint c et jour et nuyt en sa maison », avec les trois pieuses vierges Sophorès, Zabel et Abigès , Et d'autres bonnes gens plusours Qui attendoient ses derrains iours. Le matin du troisième jour, on vit tous les apôtres arriver Et entrer dedans la chambrete De la pucelle vierge et nette. Ils venaient tous de pays lointains, d^où ils s^étaient vus, en quelques instants, portés à travers les airs jus- qu'à Jérusalem. Ainsi saint Pierre dit : D'Entioche est ma venue : J'ey esté rauy en la nue, Mes ie ne sçay qui m'y monta. Et aussi chascun raconta Toute la manière et comment Estoient venuz en vng moment. C'était Taccomplissement de la promesse faite par Jésus à sa mère. Seul Papôtre saint Thomas manquait au rendez-vous. Il eut pourtant dans cette circons- tance un rôle important , que le poème va nous faire connaître ; mais Jésus ne l'attendit pas pour rappeler sa mère à lui : Et ilecques, sans demourance, Dauant toute la compaignie, la IMPRESSIONS Trespassa la Vierge Marie. De faict les apoustres la prindrent, Et en vng gent cercueil la misdrent, Et la portèrent sans débat En la valée de Josaphat. Et quant ilz furent là venuz, En la valée descenduz, Vidrent vne si grant clarté, Remplie de ioye sans amerté, Qu'ilz en cheirent tretous à terre Sans sauoir qu'ilz debuoient querre. Et, sans tarder, la bonne Dame Fut rauye en corps et en ame Ou ciel, comme dit le Docteur, A grant clarté et grant lueur. Ainsi raconta sainct Thomas, Qui ô les aultres n'estoit pas ; Mais ou mont d'Olive t estoit Et aux aultres venir cuydoit, Et qui ou ciel la vit monter. Ainsi qu'il le vint raconter Aux apoustres, qui là estoient Et grant deul et pitié menoient Du trespassement Nostre Dame. Quant sainct Thomas vit porter l'ame Ou ciel, en paradis là hault, Il s'escria sans nul deffault : — Hée ! doulce Vierge, bien heurée Plus que fut oncq de mère née, Remembre ton amy Thomas Que tu lesses icy à bas, Donne moy bénédiction : Je t'en foys supplication ! — Que fist la Vierge nette et pure ? Luy lessa cheoir vne saincture, DE BRÉHANT-LOUDéAC l3 Laquelle saincture, sans faincte, Les apoustres luy auoient saincte Quant du monde elle trespassa. Sainct Thomas plus auant passa En luy donnant honneur et grâce. Puis il vint se rendre en la place Où les apoustres estoient tous, Et si s'entrebaisèrent tous. Sainct Père dist à sainct Thomas : — Je croy que Dieu ne t'ayme pas. Que n'es tu venu sans demeure Au trespassement nostre mère Et mère de Nostre Seigneur? Tu ne feis oncq péché grigneur*, Tu as faict trop longue demeure : Et si es tousiours tard à Teupure * ! — Âdonc sainct Thomas, par grant ire, Se print à gémir et à dire : — Je croy et voy maintenant bien Que suis mauluais sur toute rien, Incrédule et plein de desroy 3 ; Mais priez Dieu trestous pour moy. Et me monstrez, ie vous en prie. Où auez mis le corps Marie. — Il est icy en cest sépulcre, Dist sainct Pierre plus-doulz que succre Ny que violette de mars *. — Certainement il n'y est pas, Respondit Thomas à sainct Père. — Aultrefoyz ne me vouluz croyre, ^ Plus grand. — ' Au lieu de a tard à Veupure » (à l'œuvre), il faut peut-être lire : a à Veure » (à l'heure). ~ ' Faute, vice, crime. ^ * L'original porte u violette damas, » qui est une âiute. 14 IMPRESSIONS Respondit sainct Père à Thomas, (Pour ce que tu n'y estois pas) Que Ihesus fîist ressuscité, Si tu ne l'eusses abité ^ — Sainct Thomas de rechief leur dist : — Je ne sçay qui dedans le mist. Mais ie vous promect et afiie Certainement qu'il n'y est mie. — Sur heure levèrent la pierre Tous les apQustres et sainct Pierre, Qui estoit sur le monument : Le corps n'y estoit nullement. Prinrent à s'entreregarder Tous ensemble, sans retarder, Et s'entredisdrent assez bas Qu'ilz respondroient à sainct Thomas » ? Adonc sainct Thomas leur a dit : — Escoutez moy vng seul petit. Anuyt en Inde ay chanté messe ; Pour cuyder trouuer ma maistresse Suis venu tout incontinent, Sans sauoir par où ne comment, Mais ainsi que Dieu le vouloit. Et quand fu au mont d'Oliuet, Je ouy vng chant si très beau. Si gracieulx et si nouueau, Si plaisant et si délictable, Si très ioyeulx et amyable ; Et en tournant mes yeulx amont ^, *■ Abité, touché. On lit fréquemment dans les actes faits en Bretagne et donnant des débornements de terres, que tel champ « akite à chemin », c'est-à-dire touche d'un côté à un chemin. — * Et s'entre-demandèrent à voix basse ce qu'ils pourraient répondre à saint Thomas. — * En haut. DE BRéHANT-LOUDi/lC l5 Quant î'ay esté dedans le mont, Ây veu le corps de Nostre Dame Monter au ciel avecques Tame. Luy ay faict supplication, Demandé bénédiction, Et elle, beneurée et saincte, La saincture dont estoit saincte (Ainsi que dauant ay compté *) M'a lessé cheoir de sa bonté. — Quant les apoustres ont cogneu Ce qu'à Thomas est auenu. Et que la saincture ont cogneue. Tous ensemble, sans détenue, Pardon, mercy luy ont requis. Et sont demourez bons amys. Adonc s'entre sont apellez Frères (sans point le vous celer) Et incontinent, sans deloy. S'en sont retournez, pour tout vroy, Chascun dont il estoit venu : Et ainsi leur est aduenu. Et moy loseph d'Arimathie, Qui, ou temps durant de ma vie, Ihesu de la croix descendi Le iour du benoist vendredi. Et le mys en son monument : J'en parle plus certainement. Je ne le sçay pas d'ouyr dire ; Je luy vy souffrir la martire. Comme l'escrit fait mention Ou Hure de sa passion , Et beaucoup de choses secrètes , A C'est l'auteur du poème qui parle ainsi, et non saint Thomas, qui n'avait encore rien conté de semblable. X6 IMPRESSIONS Que i'ay à celle fin detraictes < Pour les nombrer et mettre auant , Ainsi comme i'ay dit dauant, Et gardé le corps de Marie EIn ma maison , n'en doubtez mie , Jucques à son trespassement : J'en feroye bien seur passement >. Ainsi, qui aura remembrance Du trespassement, sans doubtance, De celle glorieuse Dame, Ne prillera ^ ne corps ne ame. Et famé qui enfantera En l'oustel où cecy ^ sera, De son fruict sera bien ioyeuse ; J'en suis certain et dire l'ouse, Car ceci est déterminé : Et l'enfant qui y sera né James ne sera lunatique (Soit homme lay ou de pratique) Contrefait, aueugle ou bossu , Tort , demoniacle, ne mu >. Et qui escripure le fera, Jà le dyable ne luy nuyra , Ne aura point sur luy puyssance, Mes de tout bien grant habundance *. Ne en la maison où il ^ sera Nul mal esperit n'arrestera. * Extraites. — * Passement, acte fait par le ministère d'un passe, c'est-à-dire d'un notaire. — ' Ne sera en danger ni de corps ni d'âme; priller ou périller, du Isitin periclitarL — ♦ Ceçy, cet écrit , ce récit du Trépassement de la Vierge. — * Mu, muet. — * Di^ns l'édition originale, ce vers est imprimé, par erreur, avant le précédent ; nous le remettons à la place que le sens exige. ^ ' lU c'est encore le récit du Trépassement; l'orig. porte e/, qui semble une faute. DB BRéHANT-^OUDÉAC IJ Aussi qui, par deuotion , De son cher Filz la Passion Remenbrera en sa pencée, N'aura nul mal celle iournée. Or deprion la noble Dame Qu'elle soit garde de nostre ame Et son Filz , nostre Créatour, Qu'il nous doint sauluement à touz! Nous ne savons s'il a existé quelque récit de la mort de la Vierge mis sous le nom de Joseph d^Ari- mathie, nous n^en avons pu trouver la trace. Mais il est incontestable que Tépisode de la ceinture, si curieux par Pimportance qu^il donne à saint Thomas, procède du livre attribué à saint Jean Tévangéliste, que nous avons indiqué ci-dessus; il suffit pour s^en convaincre, de rapprocher du chapitre IV de ce livre * le texte qme Ton vient de lire; disons toutefois que, dans la forme, notre poète du XV* conserve une ori- ginalité qui nVst pas sans mérite. * Voy.Migne, Dictionn, des Apocryphes, t. II, col. 526 et 527. II. — Les Lois des TRjÊPASsis et le Pèlerinage DE Jean de Mrung [oRMAT in-4®, gothique, de 8 feuillets non chiffrés en un seul cahier, dont les quatre premiers ffj sont signés a i, a ii, a iii, a iiii. — 27 lignes à la page, sauf les pages signées qui n^en ont que 26. Titre (P i®% sign. a i, r*») : « Cy sont les loys des trespassez auecques [| Le pèlerinage de Maistre lehan de mung. » Incipit (même f.), immédiatement après le titre: c Dieux ait lame des trespassez Car des biens quilz ont amassez Dont ilz norent oncques assez Ont ilz toute leur part eue ». Souscription (f. 8% r®) : « Cy finissent les loys des trespassez || auecques le pelerinaige maistre iehan || de mung en vision imprime par || Robin Foucquet et Iehan Cres || a brehant lodeac soubz noble et puis || sant seigne' Iehan de Rohan seigneur || du gue de lisle. Le iii* iour de ianuier || mil iiii^ quatre uingts et quatre. » Signé au dessous , au milieu de la ligne : « Robin Foucquet. » Et plus bas, sur une seule ligne: « Deum time. Pauperes sustine. Mémento finis. » A peine est-il besoin de remarquer qu'à cette époque, le millésime de Tannée ne changeant qu'à Pâques IMPRESSIONS DE BRÉHANT-LOUDéAC I9 dans la province de Bretagne comme dans la plus grande panie de la France, la date du 4 janvier 1484, marquée dans la souscription , répond en réalité au 4 janvier 1485. — En 1485, la fête de Pâques tomba le 3 avril. Donc , les dates marquées ici et dans les souscriptions des cinq ouvrages qui suivent (y compris le Miroir d'or de Vâme pécheresse] se rap- portent en réalité, non à 1484, mais à 1485. — Nous ne répéterons pas cette observation. Les Loys des trespasse:{ occupent les quatre pre- miers feuillets et se composent de deux pièces, la pre- mière commençant : « Dieux ait lame des trespassez, » composée de onze stances de 8 vers octosyllabiques (ff. a i et a il) ; la seconde, occupant les deux ff. sui- vants, sur un rhythme très-curieux, d'abord 3 vers de 8 pieds sur la même rime, puis i vers de 4 pieds et 3 vers de 8 pieds, tous les 4 sur la même rime, et ainsi jusqu^à la fin. Le Pelerinaige maistre lehan de Mung (f. 5* r*) se compose de 34 stances de quatre vers de 12 pieds, tous les quatre sur une même rime, — occupe les ff. a 5, a 6, a 7, — et se termine par une stance et demie im- primée au haut du f. a 8, r®. Au dessous immédiate- ment vient la souscription. Le Pèlerinage est un petit poème allégorique assez fade, dont les principaux personnages sont ConS'» cience, Paour, Repentance, Confession, et dont la con- clusion, très-morale et très-chrétienne, est que, pour échapper à la maladie et à la mort (spirituelle, éter- nelle), il faut s^oindre le corps d^un « oignement » appelé Pénitence, Confession dit au poète : Veez cy ung oignement que vous emporterez. Ce que le vous diray longuement vous ferez : 20 IMPRESSIONS Voustre corps en soit oingt, et si en vserez, Ne iamaîs, pour qu'il dure, malade ne serez. Je veil que vous saîchez le nom de l'oîgnement : Il a nom penitance, oignez en asprement. Etc Quant à la seconde pièce ou seconde partie des Lqys des trespasse:{y elle exprime si parfaitement les idées, les sentiments les plus populaires des Bretpns sur les devoirs des vivants envers les morts, elle est en outre d^une allure si franche, si originale, que nous en reproduirons ici la plus grande partie: Bonnes gens, qui en ce moustier Venez chascun iour pour prier, Pour Dieu, ne vueillez oublier Les trespassez! Et des biens qu'ilz ont amassez, . Dont voz coffres sont entassez, Vueillez en, sans estre lassez, — Grans et menuz — Donner ! Vous y estes tenuz. Car vous estez pouures et nuz D'entr'eulx yssuz , nez et venuz : C'est sans doubtance ! Après, ilz vous ont, en enfance, Et puis, en Testât d'innocence, Nourriz de leur propre sustance, Couchez, leuez, Desmaillotez, torchez, lauez. Entre vous, qui enfants auez, Quel paine c'est, vous le sçavez : C'est très grantfais! Et puis, pour vous faire parfais. Et que vous ne fussiez deffais. DE BRéHANT-LOUDÉAC 21 Plusieurs autres biens vous ont fais. Aux vngs science, Pour les mectre hors d'ignorance, Aux autres, pourauoir cheuance <, Mestier et pour leur suffisance Ont fait aprendre. Tout cecy ont voulu emprendre Pour vous : vous leur en deuez rendre Guerdon', se vous sauez entendre Nulle raison. Ilz vous ont bastie maison Pour logier en toute saison; Héritage à grant foison Vous ont acquis, Et ont vostre profit enquis Partout, puis le vous ont conquis. Brief, ilz vous ont tout Thonneur quis ^ En quoy vous estes. Vous fussiez comme pouures bestes, Sans sauoir iours ouuriers ne festes, Se ne fussent les saiges testes Qui vous aprirent. Pences les grans biens qu'ilz vous firent, Quant bestes ignorans vous virent Et diligeaument, en vous, mirent Science acquise. Après, à leur definement ^, Lessé leurs biens entièrement Ilz vous ont, en leur testament, Pour vous nourrir. Ne les veillez lesser pourrir ; Mais auant que doyez mourir, Donnez en, pour eulx secourir. ^ BienSy argent, fortune. — * Récompense. ^ ' Quis, cherché, participe passé de quérir. — * Décès. 22 IMPRESSIONS DE BRéHAMT-LOUD£/lC Et quant serez Ou point qu'ilz sont, vous lesserez Les biens que vous amasserez, Ne iamais plus rien ne ferez <. Aultre sera, Qui vostre auoir possidera Et peult estre rien ne fera Bien pour vous. Ainsi fînera Piteusement Vostre richesse, et meschamment !... Vueillez doncques soigneusement Mectre paine au deliurement — Hommes et famés ! — Des pouures mors, des pouures âmes, Qui endurent, lasses et pasmes, De purgatoire les griefe flames, Chaudes et fières. Ilz sont, en ces bouillans chaudières, En grans chaleurs, en grans fumières, Atendans voz bonnes prières, Voz oraisons , Voz aulmonez, voz donnaisons, Vigiles, kyrieleizons: Ce sont les biens que leur faisons. Si vous supplie En charité et courtoisie. Pour Dieu, ne les oubliez mie ! * L'édition originale porte « sere:( » , — faute. I III. — La Patience de Griselidis N-4® goth. de 14 feuillets non chiffrés, en deux cahiers, a et b, le premier de 8 fP., et le second de 6. Le i*' f. du i" cahier, entièrement blanc, n^est pas signé; les trois suivants sont signés a i, a il, a iil. Les trois premiers ff. du 2* cahier sont signés régu<« lièrement b i, b ii, b iil. — 27 lignes à la page, sauf les pages signées qui en ont 26. Pas de titre. Incipit (f. 2* signé a i, r**) : c A lexemplaire des famés mariées et de tou« tes aultres iay mis selon mon petit engin et en tendement de latin en francoys. Lystoire que près sensuyst. . De laquelle constance et pacience merueilleuse d'une famé laquelle cy a- se nommoit grisilîdis fille dung poure homme appelle ianicole du pays de saluées. » Nous avons déjà dit que la Patience de GriselidîB est le plus mal imprimé des incunables de Bréhant** Loudéac. Ce début en donne une belle preuve, et nous Tavons reproduit en figurant la disposition des lignes, pour faire saisir de suite les fautes énormes des lignes 3, 4 et 5, qu'il faut corriger comme suit : c Lystoire que cy a- pres sensuyst, de la constance et pacience merueilleuse dune famé laquelle se nommoit grisilidis » H mPRKSStONS DE BRÉHANT-LOUDÉAC Souscription (f. 14', v^) : « Cy finist la pacience grisilidis imprime || par. Robin Foucquet et lehan cres a bre fl hant lodeac soubz noble et puissant sei II gneur lehan de rohan seigneur du gue || de lisle le xviii' iour de ianuier lan mil || iiii«. quatre vings et quatre. » Signé plus bas , au milieu de la ligne : ç Robin Foucquet. » La touchante aventure de Griselidis a profondément ému les hommes du moyen âge. Ici toutefois ce n^est pas pour rintérét du récit , c^est pour renseignement moral qui s^en dégage , qu^elle a été reproduite par les presses de Bréhant-Loudéac, car le prologue nous montre dans cette histoire un m très noble mirouer de vertu , de pacience , d'obédience , de vraye humilité et de constance , ouquel se doibvent mirer toutes dames mariées voulans et desirans fsiire leur deuoir en mariage... pour auoîr l'amour de Dieu et de leurs maris... et la louenge et l'onneur de tout le monde, comme elles le doibuent âiire , en prenant exemple à la très noble dame Grisilidis, iadis marquise de Saluces, qui eut toutes les vertus dessusdictes i (f. 2«, r^), L^histoire de Griselidis est si connue que nous n^en Voulons rien citer. La version française imprimée à Bréhant-Loudéac n^est d^ailleurs qu^une traduction, assez libre et agréable dans la forme , mais fidèle au fond, du récit de cette aventure composé en latin par Pétrarque sous le titre d^Epistola ad Johannem Flo^ rentinum de historia Griselidis y mulieris maxime constantie et patientie. Op IV. — Le Bréviaire des nobles ORMAT in-4®, gothique, de 12 feuillets non chif- ^ frés, en deux cahiers, A et B, de 6 S. chacun ; le I*' f. du I*' cahier, qui ne porte que le titre, non signé, les 2 ff. suivants signés A i, A ii ; les 3 premiers ff. du 2® cahier signés B i, B ii, B iii; — 27 lignes à la page, sauf les pages signées qui en ont 26. Titre (f. i", non signé, r**) : a Le breuiaire des nobles. » Incipit (f. 2«, signé A i, r*») : c La noblesse dame de hault vouloir Royne des preuz princesse des haulz faiz. » Explicit (f . 1 2« r*») : c Puis que la fin fait les eupures louer Explicit Deo gratias » Immédiatement après cet explicit, et sur la même page (f. 12* r®), commence une oraison, d'un autre style et évidemment d'un autre auteur, en 44 vers de dix syllabes, dont voici le premier : c A toy mon dieu mon espoir mon confort. » Cette oraison finit au f . 1 2« v** et est immédiatement suivie de la souscription, ainsi conçue (f. 12® v®) : « Cy finist le breuiaire des nobles || imprime par. Robin Foucquet. || et lehan cres a brehant lodeac || soubz a6 IMPRESSIONS noble et puissant seigneur || lehan de rohan seigneur du gue II de lisle le xxv® iour de ianuier lan || mil iiii«. quatre vings et quatre. » Signé un peu plus bas^ au milieu de la ligne : « Robin Foucquet. » Le Bréviaire des nobles est un poème didactique (en 445 vers de diverses mesures) , qui a pour but de décrire les vertus les plus nécessaires à la noblesse et d'exhorter les nobles à les pratiquer. Le style est obscur, enchevêtré, alambiqué, et généralement plat. Le fond ne sort guère du lieu commun. Donc, peu de chose à citer. Voici pourtant quelques extraits. Dans la seconde stance du poème, « la Noblesse, dame de hault vouloir », se plaint de ceux qui prennent son nom et le déshonorent (f. 2® signé A i, r®) : Je my doy bien de pluseurs gens doloir *, Qui ont du tout mes estaz contrefaiz , Et en mectant vertu à nunchaloir, Prenant mon nom et laissant mes biens faiz , Et ont les cueurs auilez 2 et deffaiz Et inclinez à mal dire et meffaire. Mes qui vouldra pardon de ses meffaiz , Ses heures dye en cestuy briuiaire. Voici les douze vertus sans lesquelles il n'y a pas de vraie noblesse (f. 2' v°) : Pour démons trer comment nobles sont faiz, Douze vertus monstrent si leur affaire. Doncques qui veult estre noble parfaiz , Ses heures die en cestuy briuière. Foy, loyauté, honneur, Droicture, proesse, amour, * Plaindre. — * Avilis. DE BRÉHANT-LOUDéAC 2J Courtoysîe, netteté, diligence, Largesse, soubrité ', perccuerance. Chacune de ces vertus forme un chapitre ou une division du poème. Voici (f. 3* signé A ii, r*) le pre- mier couplet du chapitre concernant la Loiauté. Pour quoy furent les nobles ordonnez Et establiz seigneurs sur les menuz, Et leurs furent les haulx honneurs donnez. Et hommaiges qui de eulx sont tenuz? Hz ne sont pas si très hault auenuz Pour rapiner ne par leur force prendre, Mes sont de droit et par raison tenuz Seruir leur roy et leurs subgectz deffendre. Au chapitre de Diligence, on trouve ce couplet (f. 7* signé B i, v«) : Que vault homme qui muse et se pourmaine, Et veult auoir moul lit et pance plaine, Et demourer en repos au couuert , Et passe scpmaine après sepmaine. Et ne luy chaut en quel point tout se maine, Qui soit perdu ne qui soit recouuert , Et veult c'on soit dauant luy descouuert , Et que Ton dye qu'il est noble â mervoille ? Mes qui est noble, il apert de quoy sert Diligence, qui les vertuz esueille. L^auteur recommande beaucoup aux nobles la vertu de sobriété (f. 9* signé B iii, v«): * Sobriété. l8 IMPRESSIONS DE BRÉHANT-LOUDÉAC De faire exceix ne peut il bien venir. Ne corps ne les < n'en peut estre meilleur ; Ains en pert on manière et contenir, Et tousiours a gloton quelque doleur, Et est pesant , replet , et gras et ort > ; Nul n'en a deul , homme ne le regraite. ^^ vC • • • • *■ Los, louange, honneur, réputation. — ' Sale. V. — L^Oraison de Pierre de Nesson N-4^ goth. de 6 feuillets non chiffrés, en un seul cahier, dont les trois premiers ff. sont signés a i, a ii, a iii. — 27 lignes à la page , mais les pages signées n^en ont que 26. Pas de titre. Incipit (f. i" signé a i, r®) : » Ma doulce nourrisse pucelle Qui de vostre tendre mamelle. »» Explicit (f. 6« v<») : « Vng dieu régnant en trinite  tous les nessons et nessonnes. > Souscription immédiatement après l'explicit (f. 6* V®) : « Cy finist l'oraison faicte par. Maistre || Pierre de nesson imprime par. Robin || Foucquet et. lehan cres a brehant lodeac U soubz noble et puissant sei« gneur || lehan de rohan seigneur du gue de || lisle le xxvii* iour de ianuier lan mil || iiii« quatre vings et quatre, i» Signé un peu plus bas, au milieu de la ligne : « Robin Foucquet. » Pierre de Nesson était secrétaire ou officier de Jean i", duc de Bourbon, qui fut pris par les Anglais, en 141 5, à la bataille d'Azincoun. L'Oraison ou Sup- plication qui porte son nom est un acte d'hommage à la Vierge, en 292 vers de huit syllabes, et dont voici ridée mère qui ne manque pas d'originalité. C'est 3o IMPRESSIONS que — aux termes de la loi, du droit coutumîer comme du droit écrit — Tempire du monde, tout au moins celui de la terre et de ses habitants, appartient à la sainte Vierge et non à son Fils ; tout le poème consiste à discuter, à réfuter une à une les raisons que le Christ pourrait produire au contraire. Cepen- dant Pauteur conclut qu^il ne faut pas suivre à la rigueur les prescriptions de droit, qu^il y a et qu'il doit y avoir communauté de biens entre la mère et le fils. — Une des causes de la popularité de cette pièce en Bretagne dut être la mention fort honorable qu'elle fait de saint Yves. Voici le début et quelques extraits de cette oraison singulière : Ma doulce nourrisse pucelle, Qui de vostre tendre mamelle Vostre créateur allaitastes, Et qui vostre père enfantastes ; Ma dame, ma loyalle amye, Combien que ie ne soye mye Digne d'estre en vostre seruice, Je vous supply que, sans office, S'aucun m'enquiert à qui ie suis. Je puisse dire que i'ensuis La court de la royne des cieulx *, En espérance dauoir mieulx Et d'estre de vostre famille, — Ma doulce de Dieu mère et fille ! — Non mie comme seruîteur, Car ce me seroit trop d'onneur Et seroye trop guerdonné D'estre vostre poure donné » ; * Que je suis attaché à la cour de la reine des cîeux. — * Votre esclave, votre serf, qui s'est donné entièrement à vous. DE BRÉHANT-LOUDéAC 3l Pour ce, s'il vous plaist en gré prandre, Tout maintenant, sans plus actendre, Je vous donne mon corps et m'ame ^, Si fait pareillement ma famé, En vous faisant foy et hommaige De tout nostre menu lignage. En vous prometant féaulté Seruice, foy, et loyaulté. Aussi, Dame, vous nous devez Garder, si vous nous receuez * : Et si vous nous prenés en garde. Nous n'auons des ennemis garde. Et si vostre Filz voulloit dire Qu'il est de tout le monde sire Et qu'à luy appartient l'ommaige: Nous sommes de vostre lignage Et de par père et de par mère. Et luy, du costé de son père Je croy bien qu'il soit de bon lieu, Mais, en tant qu'il est filz de Dieu, Nous ne sommes de riens parens. Et s'il veult produire garens. Disant qu'il prist l'umanité. Je croy bien qu'il dit vérité. Mais ce fut de vous seullement ; Car oncques homme nullement, Joseph mesmes vostre espousé, Ne vous toucha ne n'eust osé. Vostre Filz mesmes le scet bien, Et doncques ne nous est il rien Si ce n'est de vostre costé. *■ Mon âme. — ' Si vous nous recevez à votre service, vous nous devez protection. 3 a IMPRESSIONS Et quant ad ce qu'il se dît estre . De tout le monde roy et maistre, Affin que à tout on luy responde, Son royaume n'est de ce monde, Ou luy mesmes se contredit. Et s'il dit qu'il a seigneurie , Dont luy vient elle ? de hoirie ? Il n'eust oncques prédicesseur :  qui se r oit il successeur ? Quel tiltre y peut il auoir ores *, Veu que son père vit encores Et si ne le mencipa oncques ? Il ne peut rien possider doncques, Tant que son père soit en vie. Et si fault que autrement l'on die, En ce monde il est fîlz sans père. Doncques estes vous, comme mère. Légitime aministeresse Et de ses biens gouuerneresse : La coustume du monde est telle. Et s'il dit qu'il est hors tutelle Et d'aage, on le luy confesse : Mais chascun voit comment il laisse Aler à mal son heritaige. Il donne au fol, il oste au saige Des biens mondains si largement. Que ceulx de bon gouucrnement Viuent en grant mendicité. Et aux folz plains d'iniquité Il en donne à grant desraison. Et croy que par ceste raison L'on pourroit dire sa largesse Maintenant. DE BRÉHANT-LOUDéAC 33 Ne venir pas de grant saigesse... loinct ce qu'on m'a dit, que iadiz Habandonna son paradis A qui le vouldroit acquérir. Pour quoy là sus ne fault quérir Ne gouuernement ne police, Neis ^ vng exploit de iustice. Aussi n'y a il nulz sergens, Car on n'y seufTre nulles gens Chés qui biens ne gaiges l'on truisse Dont exécuter on les puisse. Et si n'y a nulz aduocas ; Car s'il y auient aucun cas, Il n' a qui pleidie ne gaigne, Sinon maistre Yues de Bretaigne. La cause est, car quant il pleidie, Nul n'est pour l'auerse partie: En paradis iuc au iour d'uy > N'entra onc aduocat que luy. Et quant au fié dont est querelle s. Par Dieu, ma très douce pucelle Quant à moy, ie ne doubte mie Veu vostre généologie *, Et vostre cas bien entendu, Bien assailly bien deffendu. Que tantost la court souueraine A vous, comme à la plus prochaine, Adiugera la retenue *. • * Pas même. — * L'édit. orig. porte : Car en paradis iuc au iour duy, version fautive puisqu'elle rend le vers faux. — ' Ce ^^ n'était autre chose que Tempire du monde. — • Sic. — * Vous donnera gain de cause. L'auteur multiplie ici les termes de droit et de chicane. 34 IMPRESSIONS Mais, Dame, vous avez tenue Tousiours la voye de doulceur A vostre Filz, et pour seigneur Vous l'auez tousiours recongneu : Cecy est prouué et congneu. Soit ou non par sucession. Il en a la possession Qu'il n'est mémoire du contraire ; Ne l'on ne vous vit oncques faire Rien par quoy sa prescription Print aucune interruption. Tousiours l'auez tel aduoué, Et mesmes, la nuyt de Noé *, Dès si tost que enfifanté vous l'eustes. Pour seigneur vous le recongneustes Et l'appellastes créateur : Donc vous est il plus que seigneur. Item, quant vous vous accordastes A l'ange, pour luy vous mandastes Que vous estiez sa chamberière '. Semante n^est pas coustumière De recepuoir (ne ne doibt estre) Les fiefs des vasseaulx de son maistre. Si sommes ses féaulx subgitz, Dont luy appartient les fruitz s. Mais pour venir à la rigueur, Sans porter haine ne faueur A vous, Dame, ne à vostre Filz, Lorsque l'ommaige ie vous feiz, Vous deux estiés communs en biens. Dont sommes nous vostres et siens : Aussi à vous n'appartiendroit Qu'à chascun la moictié de droit. < Noél. ~ ' Allusion à la réponse de la Vierge à l'ange Gabriel: Ecce ancilla Domini. — * Les fruits de fief, les droits et les revenus féodaux. DE BRÉHANT-LOUDÉAC 35 Or, pour venir à Téquité Et à la droicte vérité, Oncques entre vous ne partistes >, Ne ferés, faictes, ne feistes, Ains que par perpetuaulté. Ferme ceste communaulté *. Si sommes à chascun de vous Par indiuis chascun de nous, Et tousiours à vous voulons estre Sans aultre maiste risse ne maistre. Et pource que toute personne Doit à cil qui à luy se donne Sa vie », nous vous requérons. Tant qu'en ce monde nous serons. Que, comme à voz poures donnez. Des biens mondains vous nous donnez, Sans richesses ne pouretez, Seullement noz nécessitez Pour passer ceste poure vie Si que nul de nous n'y mendie , Et aussi sans que de richesse Vous nous donnez trop grant largesse : Si n'en requérons fors assez. Et quant nous serons trespassez, Donnez nous, ma dame Marie, La doulce perpétuel vie. Laquelle octroit, par sa puissance, La très haulte diuine essence, Vng Dieu régnant en troys personnes,  tous les Nessons et Nessonnes. * Partageâtes. — ' Vous avez fait ferme, c. à d. établi et con- firmé cette communauté de biens entre vous à titre perpétuel. — ' ' Les moyens de vivre. VI. — Le Songe de la pucelle [oRMAT in-4*^, gothique, de 8 feuillets non chiffrés, en un seul cahier, dont les quatre premiers ff. sont signésa i, a ii, a iii, a iiii. — 27 lignes à la page, sauf les pages signées, qui n^en ont que 26. Titre (f. i", signé a i, r®) : a Cy commance le songe de la pucelle. y> Incipit (même f. r®) : c  leure du songe doré Lorsque laube du iour se creue » Explicit (f. 8« v«) : t Et qui vouldra de cette ystoire Que le nom point ne le vous celé C'est le songe de la pucelle » Souscription (f. 8* v**) : a Cy finîst le songe de la pucelle imprime || par Robin Foucquet et lehan Cres soubz II noble et puissant seigneur lehan de rohan || seigneur du gue de lisle ou moys de lan |j uier mil iiii^' iiii vingts et quatre. || Amen Deo gracias. » Signé plus bas, au milieu de la ligne: « Robin Foucquet. » Le Songe de la pucelle forme un petit poème de 343 vers octosyllabiques , divisé en 49 stances de 7 vers chaque. C^est un de ces dialogues ou débats IMPRESSIONS DE BRéHANT-LOUD^AC Sj allégoriques, si fréquents dans la littérature du moyen âge, qui se plaisait aux disputes scolastiques. ATâge où s^éveillent à la fois le cœur, les sens, Pin- telligence, la jeune fille sent s^agiter en elle-même la lutte de la passion et du devoir, qui fait le fond de la vie humaine. Pendant son sommeil, cette lutte se poursuit, la pucelle voit apparaître deux personnages qui se disputent son âme et, par des raisons contra- dictoires, lui offrent pour but de la vie, l'un le plaisir, l'autre l'honneur. Elle écoute en silence l'un etl'autre, note avec soin leurs discours dans sa mémoire, et quelque temps après, rencontrant le poète, elle lui conte tout le détail de ce songe, qu'il s'amuse à mettre en vers. Telle est la donnée de cette petite fable, dont le style, par ci par là, ne manque pas d'agrément. En voici le début et quelques extraits : t Çx commence le Songe de la pucelle.  Teure du songe doré, Lorsque l'aube du iour se creue, Qu'on se treuue tout essoré, Sommeil d'une nuyt assez grieflie *, M'endormy, pour la faire briefue : Ce fut tout à la fin de may. En ieunesse n'a point d'esmay ». Si toust que le fuz endormye, Deulx personnes ie viz venir ; Qui me disdrent : — t Ma belle amye, * Quand on sort fatigué d'un sommeil pénible. — • La jeu- nesse n'a crainte de rien. Chaque stance se termine par une sorte de sentence ou de proverbe , dont le rapport avec les vers qui précèdent n'est pas toujours très-clair. 38 IMPRESSIONS Il te fault autre devenir ; Reprends vng nouueau souuenir, Car d'enfance tu es deliure : Uaage enseigne comme on doibt viure. » — w Tu es moult belle, fresche et ferme, Et de tous membres auenue <, Ce dist Tune, ie te afferme, Autant que aultre soubz la nue, Soit dessoubz robe ou de corps nue, Blanche, neufue, dure et refaicte : Chose de faczon est parfaicte. c Jamais plus gente ie ne tins. Plus dure ne en meilleur point, Beau visage, gent corps, tetins Qui sont ores en meilleur point, Car tu es d'aymer droit à point ; L'on te tient pour vng chief d'euure. Bon est l'oupurier qui mieulx eupure. c Tu as assez d'entendement Et sens, pour fille de ieune aage ; Il n'y fault point d'amendement Ne quérir aultre personnaige. Tu es née de bon lignaige. Ainsi comme i'ay entendu. Bien qu'on ne congnoist est perdu. € Croy de vroy, si ie fusse homme, Je te priasse pour ma dame. La singulière > es, en somme, Qui oncques fut aimée d'ame. * Avenante. — ' Tu es la plus rare, la plus parfaite (la singU' lière) des femmes qui jamais furent aimées de cœur. On devine assez que la personne qui parle ainsi à la pucelle ne peut étrt qu'il iftovr. DE BRéHANT-LOUDÉAC $9 Car ie te asseure, sur mon ame, Que tu es belle tout à droit. Qui a belle dame, il a droit, i La pucelle nous apprend que les deux « personnes » ou a semblances j» qu'elle avait vues en songe por- taient , pour prévenir toute méprise , leur nom écrit sur leurs robes ; Tune était Amour et Tautre Honte, c'est-à-dire Pudeur. — Chacune de ces personnes s'adresse tour à tour à la pucelle et lui donne des conseils pour être heureuse dans la vie où elle va entrer : conseils entièrement contradictoires. Amour commence , Honte répond : Honte. Haa ! belle fille, que feras-tu ? Se tu croyz celle malle famé, Ton fait ne vauldra vng festu ; Folle demourras et infâme. Pour Dieu, garde toy, belle dame. Ne pers pas ta virginité : [En] pucelle est grant dignité. Amour, Si Honte croyz, celle affoUée, lamais ne vauldras vng oignon. Tu es à prandre ta voilée Pour auoir bien ou iamais non <. Choysis quelque beau compaignon, Mais qu'il souffise à ta plaisance : Il n'est trésor que souffisance^. ^ Selon le parti que tu vas prendre, « tu auras bien », c'est-à- dire tu seras heureuse pour toujours, ou tu ne le seras jamais. — * Contentement. 40 IMPRESSIONS A ieune pucelle appartient D'estre frisque, ioyeuse et gente ; fit quant en ce point se maintient. C'est noblesse qui y régente. De ce ne doys estre indigente, Dancer voiler comme vne aronde > : On n'a que sa vie en ce monde. Recognoys les biens que nature T'a donnez et si largement, Et faict si belle créature Que c'est vng essioyssement *. Ce sinon, au grand iugement. En rendras compte et reliqua : On doit garder le reliqua. Honte. Tant mieulx ta nature [est] fourmée Et de toute beaulté remplie. Tant plus doibz [bien] estre infourmée Et de grans vertus accomplie ; Si ton cueur à mal faire plye. Ton compte ne seroit pas bon... L'entrée est doulce et atra3rant : C'est fiel amer de miel confît. Dont l'on n'est iamais retraiant Si toust que se faict desconfit '. Non y entrer est de prouffit *- Hirondelle. ^ ' Belle et curieuse expression : « La nature a fiiit de toi une si belle créature, que c'est une joie, un éjouiS' sèment de te voir » — ' L'entrée du plaisir est douce; c'est comme du fiel confit et enveloppé dans du miel ; dès que s'opère le des- confit, c. à d. la séparation du fiel et du miel, le fiel seul reste avec toute son amertume, on ne peut plus le retraire, le retirer, s'en débarrasser. DE BRÉHANT-LOUDiAC 4I A tout le sexe féminin : En la queue gist le venin Amour, Chacun sçait bien, et n'est pas bourde, Que pucelle qui n'a amy Toute sa vie est sote et lourde Et ne sçait du bien à demy ; Ains a tousiours Tueil endormy, Sans faczon ne manière auoir : C'est belle chose que sauoir. Honte. Sauoir pucelle sobrement, Donc sans vouloir estre subtille, C'est la manière proprement : Ou faillir pourroit. Coup et quille. Tout ne vault pas vne coquille. Quant de langaige s'entremect. Qui parle trop mensonge y mect. Ayes honte dauant les yeulx Quant tu seras d'amer esprinse, Le monde t'en aymera mieulx Et n'en seras de Dieu reprinse ; Conduy sagement ton emprinse. Adieu, ie t'ay dit mon messaige : Qui conseil croit il fait que saige. La pucelle. Adonc les prins à mercier De ce que me vouldrent aprendrc. Et diz : Peut-on pacifier * ? * N'y a-t-il pas quelque conciliation possible entre ces ensei- gnements contradictoires ? En tout cas, je me garderai de mal faXvt. 6 42 IMPRESSIONS DE Br£hANT-LOUD£aC le me garderay de mesprendre. — Lors me vint le grant iour sourprendre. Quant plus riens n'y vy, [ie] m'esueille. Maint songe plaisent â merueille. VII. — Le Miroir d^or db l^ame pécheresse 1N-4® goth. de 58 feuillets non chiffrés, répanis en sept cahiers: a, b, c, d, e, f, g. Les six premiers cahiers sont chacun de 8 ff. *, le 7* en a 10. Le i*'f. du i" cahier ne contient que le titre et n'est pas signé; les 2", 3* et 4' flf. du même cahier sont signés a i, a ii, a iii. Dans chacun des cinq cahiers suivants , les 4 premiers ff. sont signés b i, b ii, b iii, b îiii, et ainsi des autres. Les 5 premiers ff. du 7* ca- hier sont signés g i, g ii, g iii, g iiii, g v. — La page est de 27 lignes, mais les pages signées n'en ont que 26. Titre (f. i", r®) : « Le mirouer dor de lame pèche (| resse très vtile et profitable. » Incipit (f. 2« signé a i, r*) : « Ce présent liure est apellé le mirou || er dor de lame pécheresse, lequel a este ff translate a paris de latin en fran ff coys et après la translation veu et || corrige au long de pluseurs clers maistres et || docteurs en théologie....» Souscription (f. 58% r®): « Cy finist le traictie nomme le mirouer \\ dor de lame pécheresse moult vtile et II proufitable. Imprime par Robin || Foucquet et lehan Cres. Le vi« iour || de Mars. Lan mil îiii« iiii vingts et || quatre. Deo Gracias. » — Signé plus bas, au milieu de la ligne : « Robin Foucquet. » * Mais le 8* f. du cahîer d m-^nque dans l'exemplaire de la Bibliothjque Nationale. 44 niPRKssiONS Le seul exemplaire connu du livre que nous décri-* vons fait partie d'un recueil conservé à la Bibliothèque Nationale sous la cote H 800. i (Inventaire de la:. réserve, H 5o6), lequel contient trois incunables de Bréhant-Loudéac, reliés dans cet ordre: i" la Vie de JésuS'Christ f — 2° le Miroir d'or de Vâme pèche-- resse, — 3° le Secret des secrets d'Aristote. Les exemplaires de ces trois ouvrages que possède la Bibliothèque Nationale, ayant été reliés ensemble dans ce recueil, ont nécessairement les mêmes dimen- sions: 21 3 millimètres de haut sur 146 de large. Le Miroir d'or de rame pécheresse est un traité de théologie ascétique d^un style remarquable, plein de nerf, de vigueur, d'éclat, et parfois même d'élo- quence. L'idée mère du livre est cette pensée de l'Ecclésiaste : Vanitas vanitatum et omnia vanitas. L'auteur voudrait que « ceulx et celles qui es « délices de ce monde conversent et sont adonnez » fissent « en leurs vestemens, en leurs portes et parois « de leurs maisons, escripre et paindre (et prin- « cipalement en leurs consciences) celle belle aucto- « rite : affin que souuent^ de jour et de nuyt, l'euSsent « deuant leurs yeux et en leurs cueurs la sen- « tissent. » Il soutient même que « en toutes com- c paignies, tant mengant que beuuant », il conuient de c souuent chanter et reciter ce dicté : Vanité de « toutes vanitez , et toute chose est vanité » (f. 2* v®). L'ouvrage contient sept chapitres, que la table in- dique ainsi : l. De la vilité et misère de Vomme (f. 3* r*). — II. De péché en gênerai et de ses effect:{^ (f. 8* r*), — III. Comment Von doibt tost et en diligence faire pénitence (f. i5' v®). — IV. Comment l'on doibt fuir le monde (f. 27* r®). — V. Des faulces richesses DE BRiHAMT-LOUDiAC et vains honneurs du monde (f. 33* r*). — VL Comment l'on doibt tousiours et en chascun lieu craindre et doubter la mort (f. 41* v^). — VIL Des iqjres de paradis et despaines d* enfer (f. 47* r*). Notre édition est la plus ancienne de ce livre, dont Fauteur est inconnu. Nous ne serions pas éloignés de l'attribuer, par conjecture, à Olivier Maillard, S'il n'est de lui, il est sorti de son école. On y retrouve en maint passage , non-seulement la verve , la fougue du célèbre prédicateur breton , mais la même audace à combattre le vice partout oti il règne , même chez les riches et les puissants. Qu'on en juge par cet extrait du chapitre V : « Vlulez et pleurez, vous misérables et meschans, puis* sants et anobliz du vent de inconstante fortune, qui oonfundez et desprisez les aultres; vous [qui] estes ofifus* ques et aueuglez des biens, des vanitez et des dignitez que vous auez fraudulentement et malicieusement acquis en ce monde ! Car le terme de vostre vie sera par aucnture ceste nuyt couppé, comme du tixerant est le fil , et en enfer sans fin, sans terme, misérablement [serez] tour- mentez : et de tant qu'en ce monde aurez eu plus de gloire et de liesse, de tant vous est en enfer plus gricfuc paine préparée. Et plus fort ie vous diray. Nostre Seigneur esleut en ce monde XII appostres, desquelz n'y auoit de noble lignée fors vng seul , c'est assauoir sainct Berthelemy, et vng riche, c'est assauoir sainct Mathieu: et tous les aultres estoient pouures pescheurs , viuans en paine et en trauail de leurs corps. Or, puis que ainsi Dieu est vray et iuste et que toute chose [qui] procède de sa bouche est vraye et pure vérité, à grant paine des nobles, des riches et puissans en ce monde, peut on en trouer vng conuenable, digne de élection salutaire ; mais assez en peut on trouuer 46 IMPRESSIONS qui sont propres et convenables au seruice de dampnation étemelle, et en pou de temps en enfer recepuront leur salaire.... Autre chose est du riche, nourri en délices, et du poure nourri du vent de famine. Car le riche n'est aultre chose que vng vaisseau plain de tous péchez, vaisseau pourri, rempli d'orgueil, plain de luxure et d'auarice; etprincipal- lement aulx riches, aulx puissans et aulx nobles régnent tous péchez et malédictions. Et sont et doibuent estre appeliez larrons, car violcntement ilz desrobent et emblent aux poures leur salaire et leur substance, et défoulent et hiectent à mort ceulx qu'ilz deussent substanter et nourrir des biens que la main de Dieu tout puissant a donnez pour les poures administrer et soustenir. Hélas 1 ilz voient les pouures membres de lesucrist, nuz et despourueuz, mou- rir de fain, de soif, et ilz n'en tiennent compte; mais ilz mectent les trésors des pouures, c'est assauoir la super- fiuité et superhabundance de leurs richesses, en sump- tueulx édifices et grans palais. Hz prennent leurs plaisirs et félicitez à faire et préparer aulx aultres riches grans disners, combles et fournis de viandes diuerses, pour emplir leur ventre et assouyr leurs charoignes des délices du monde, et ilz n'ont pitié, miséricorde ne compassioo des poures, qu'ilz voient en la place, deuant leur huiS| mourir de fain!... Que veulx tu plus que ie te die de telles gens, qui aulx honneurs et richesses du monde passent leurs iours? Certes, toutes les langues des hommes mortels ne sauroient dire ne exprimer les énormes maulx et péchez qu'ila; commectent. Car il ne leur souuient de Dieu ne de la mort sinon par aduenture, en dormant ou en songe... Hélas 1 que vont faire telz meschans pécheurs aulx églises et lieux de deuotion ? Certainement ilz vont pour veoir et regarder en péché la fourme et la beaulté des famés. Quant ilz doibuent pcncer à Dieu et à leur sauluement, leur pencée et cogitation est comment ilz pourront nager DE BRÉHANT-LOUDÉAC 47 SUS la mer, cheminer sus la terre pour amasser et assem« hier, pour eulx et leurs enfans, trésors et richesses mon- daines. Ilz pencent comment ilz se pourront vestir et parer leurs corps de vestemens precieulx et au monde plaisans, comment ilz pourront faire ieux diucrs , tournois et esbaz, préparer viandes delicatives pour complaire à leurs con- sors et sodaulx, pour auoir et amasser famés, pour faire et acomplir la concupiscence de leur mauldict désir char- nel. ' O pouures pécheurs, vous ignorez que vous faictesl Hélas ! vous destruisez le corps dauant le temps de ses iours, et mectez à mort Tame. De quoy pencez vous que viennent tant de véhémentes maladies et morts soudaines, lors de la trop grande habundance et exceis de viandes et de la mauldicte fréquentation des famés ? Vous pencez de vous iouer de Dieu, et vous [vous] abusez vous mesmes. Vous oubliez l'ame pour obéir au corps, et en ce faisant destruisez et corrompez corps et ame ! Et pour tant, gaudissez, chantez et vous esiouyssez en si peu de briefue espace de temps que vous auez. Car, après vostre briefue ioye, viendra le temps qu'il vous con- viendra en tourment et langueur éternel pleurer et lan- guir sans fin. Beuez, mengez, vestez vous de diucrs habits en les changeant souuentes foiz, affin que vostre noblesse ne soit abessée et que nulz mortelz en honneur ou dignité vous excédent. Et en enfer, en honte et confusion serez receups. Où seront lors vos grans disners? Où seront les viandes delicatiues et précieuses? Où seront les vins aro- matiques, confîctz es saueurs de diuerses espices? Mengez maintenant et vous endurez! Car après la mort ne le pourrez plus faire, mais serez en enfer auec le mauluais riche, et là demanderez une seule goucte d'eaue et ne la pourrez auoir!... O pécheur misérable, pour quoy ne t'amendes tu ? pour quoy tardes tu de iour en iour à toy convertir à Dieu? La mort est près, qui de iour et de nuyt court après toy pour 48 IMPRESSIONS DE BRéHAinr-LOUDéAC fabattre. Le diable est auprès de toy, tout prest de toy receuoîr. Tes richesses te fauldront au besoing. Les vers attendent ta charoigne, que tu nourris si chèrement, pour la deuorer et ronger.... O pouure abusée créature ! tu quiers et espères trouuer, parmy les vanitez de ce monde, gloire, soûlas, richesses infinies: et ilz n'y sont pas! Mais si tu veulx trouuer gloire, trésor, soûlas et félicité perpétuellement, laboure en diligence d'aquerir le royaulme celestiel ! Que dites-vous de pareils accents au XV* siècle ? Et la chaire française (car ceci est tout à £aitdu sermon) a-t-elle, même depuis, retenti souvent d^une éloquence plus vive, plus forte, plus librement hardie, et plus pittoresque? VIII. — La Vie de Jésus-Christ Sn-4® gothique (à 27 lignes par page) , de 154 feuillets distribués en 19 cahiers, tous de 8 ff., sauf le dernier qui est de 10 ff.; ces 19 cahiers signés, en capitales gothiques. A, B, C, D, E, F, G, H, I, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T. Dans tous les cahiers , sauf le premier, les 4 premiers ff. sont régulièrement signés 6 i, 6 ii, B iii, 6 iiii, et ainsi des autres. Dans le cahier T, qui a 10 ff., le 5« f. est en outre signé T v. Quant au cahier A composé de 8 ff., le premier feuillet , qui probablement portait le titre , manque dans l'exemplaire de la Bibliothèque Nationale. Le 2* f. contient une sorte de préface, suivie de la table, il est signé A ii (mais il n'est pas chiffré). Le 3® f. est signé A iii, et le 4», par erreur sans doute, A ii. Les deux premiers ff. de ce livre (celui du titre, absent dans Texempl. de la Bibl. Nat., et celui de la table) ne sont pas chiffrés. Tous les autres le sont ; la chiffrature commence au 3® f. du cahier A (signé A iii) qui est chiffré i, et elle se poursuit sans interruption jusqu'au dernier qui est chiffré vii" xii (i52). Il y a huit erreurs dans cette chiffrature, savoir: Le f. xxxi est marqué, par erreur, xxxviii. — xxxviii . — — xxxi. — ciii — — cix. — cix — — ciii. 5o IMPRESSIONS Le f. vi " i est marqué, par erreur, vi ". — VI " 111 — — VI " VI. — vil "111 — — vil" XI. — VI1"X1 — — vil" 111. Incipit (f. 2® r® signé A ii, formant auj. le i«' f. de^ Texempl. de la Biblioth. Nat.): « Au nom de la benoiste et saincte trinite |! Amen. A tous bons et vraiz crestiens || soit ce petit liure présente... » Souscription (f. vii"xii r°) : « Cy finist le liure nomme la vie de iesucrist ou || quel est comprinse la création de adam de eue et || du monde iusques a la passion et resurrectiou (sic) || La vie nostre dame. La vie sainct iehan bàpti || ste. La vie de iudas. et plu- seurs aultres beaulx || histoires. Imprime par. Robin Foucquet. || Et lehau (sic) cres. Le derrenier iour dapuril. Lan || mil iiii*' iiii" et cincq. Deo gracias. » Signé un peu plus bas, au milieu de la ligne: « Robin Foucquet. » Pour bien comprendre le but des impressions de Bréhant-Loudéac, il faut lire , au début de ce volume et immédiatement avant la table, le prologue général ; il n'est d'aucun des auteurs de cette compilation^ mais de quelque copiste ou éditeur,- peut-être de Robin Foucquet, qui, en tout cas, en adopte la pensée : Ou nom de la benoiste et saincte Trinité , amen. A tous bons et vraiz crestiens soit ce petit liure présenté , lequel , pour [ce] que les faictz de la Saincte Escripture sont si grans que à paine humaine créature les peut com«^ prendre, et mesmement simples gens qui n'ont eu et n'ont l'opportunité d'estudier y et généralement pour toutes deuotes créatures, aulcunes deuotes personnes ont voulu faire et entreprendre , aydant le Saint Esperit , de faire DE BRÉHANT-LOUDÉAC 5l «crompiller ce petit extraict, tant du Vieulx comme du Nou- laeau Testament. Et a esté abrégé et mis en point , que "Kous ceulx et celles qui le verront pourront entendre que ■c:'est de la foy de Nostre Seigneur : car icelluy, bien veu considéré, des effectz principaulx de la Sainte Escripture 1 touche en briefue substance » (f. 2« non chiffré , signé ii, vo). Le texte qui suit ce prologue, et qui remplit les 1 52 rfeuillets chiffrés du volume, se divise en trois parties l>ieti distinctes: i^ la Vie de Jésus-Christ proprement ^x, commence ainsi: c Nous auons yeu cy dessus les nopces de sainct Iehan l'euuangeliste, et main- tenant verrons comment il s'en ala prescher après la Penthecoste en Asie. > Le récit des noces de saint Jean (ou noces de Cana, selon notre auteur) se trouve en effet dans la première partie, aux ff. L et LU. — ' Voir Migne, Dictionn, des Apocryphes, II, col. 1097 à 1099, 54 IMPRESSIONS dont il cite souvent la version latine. La couleur légendaire et populaire est bien plus accentuée dans la Passion de Gamaliel, qui, malgré cela — ou plu- tôt à cause de cela — nous semble de beaucoup la plus intéressante partie du volume. Dans ce récit Pilate devient, on Ta vu, « le seneschal de leru- salem » ; Joseph d'Arimathie est « \ng preudomme », Gamaliel « vng maistre qui lisoit les lois », « Nyco- « demus , vng gentilhomme cheualier, lequel auoit « cent cheualiers soubz soy, qui estoient aux gaiges « de Tempereur pour garder la cité de lerusalem et « pour conseiller etayder à Pilate... Et quand Pilate « auoit riens à faire, il mandoit Gamaliel, Nicodemus « et loseph, et tout ce qu'ilz luy conseilloient il fai- « soit et ouuroit par leur conseil » (f. lxvii v**). — C'est l'histoire évangélique habillée en costume moyen âge. Mais sous ce travestissement, l'auteur plus à l'aise communique à son récit le mouvement et la vie. Voyez , entre autres , cette peinture de la Vierge au pied de la croix après la mort de Jésus : « Sa très dolente et très desconfortée mère estoit illec- ques demeurée près de la précieuse croix, plorant et gémissant amèrement et disant : — O faulx Juifz , venez moy rendre mon enfant! Rendes le moy soit mort ou vif, puisque vos volentés aués acomplies. Rendes le moy qui suis sa dolente mère : ou si non faictes moy mourir auecques luy! — Elle estoit près de la croix et regar- doit son enfant mort, crucifié en la haulteur d'icelle. Elle se esleuoit en hault et embrassoit et baisoit la croix là où le sang de son chier filz auoit touchié. Elle desiroit atou- cheret baiser son enfant, mais elle n'y pouoit auenir, et tant estoit affoiblie par Texcès de martire que quant elle se leuoit pour actaindre à son enfant, les iambes et les bras luy defFaiiloient et chéoit durement à terre: mais tousiours DI BRénANT-LOUDÉAC bb elle se leuoit au mieulx qu'elle pouoit, car amour la sup- portoit. Et combien qu'elle auoit la face pale et ternie , la bouche mortifiée par l'aigreur de son mal , elle l'auoit vermeille par force de baiser la croix arousée et tainctc ou sang de son chier enfant i (f. cxn r^ et verso). Du livre décrit ci-dessus on ne connaît d'autre exemplaire que celui de la Bibliothèque Nationale, conservé dans le recueil coté H 800. i (Inventaire de la réserve H 5o6). IX. — La Coutume de Bretagne |n-4® goth. de 236 feuillets non chiffrés (27 lignes à la page) , répartis en 29 cahiers marqués ainsi : a, b, c, d, e, f, g, h, i, k, 1, m, n, o, p, q, r, r (autre forme de la même lettre semblable à notre z actuel) , s (longue, montant au dessus de la ligne) , s (courte)^ t, v,u,x, y, z. Le 27* cahier est marqué du monogramme dont on usait alors, en typographie, pour exprimer la conjonction et ; le 28®, du signe 9 qui servait d'abré- viation pour exprimer, au commencement des mots , la syllabe cum, com ou con. Enfin le 29* cahier n'a d'autre marque qu'un point. Sur ces 29 cahiers, deux (v et 9) se composent de 10 feuillets ; les 27 autres n'en ont que 8 chacun , ce qui fait en tout 236 ff. Le I®' f. du cahier a, qui porte le titre, n'est pas signé; les 3 suivants sont signés an, aiii,a iiii. Dans les 28 autres cahiers , les 4 premiers ff. sont signés régulièrement b i, b ii, b iii, b iiii, et ainsi des autres. Dans les deux cahiers de 10 ff. (v et 9) le 5* f. est aussi signé. Les 4 premiers ff. du dernier cahier sont signés ainsi : . | .. | ... | .... | Titre (f. i«' r®) : « Les constumes et constitu || cions de bretaigue (sic) . » Il n'y a que ce titre sur ce recto, qui n'est pas signé. Le verso est rempli par une grande vignette sur bois assez grossière, représentant l'écusson de Bretagne à IMPRESSIONS DE BRéHANT-LOUDéAC 8 mouchetures d^hermine (3. 2. 3), surmonté d^une couronne et soutenu par deux lions , avec un enca- drement d^architeaure, formé de deux colonnettes portant un dais à trois arcatures cintrées et à pans coupés. La table des chapitres est au commencement, avant le texte delà Coutume, et se trouve précédée d'un prologue, dont voici les premières lignes (f. 2® signé a ii, r®) : « Avcunesfoiz est aduenu en pluseurs || terres landes merfoilles qui ne por- || toint que poy de fruitz. ne les fruitz || nauoint valu que poy. Et pluseurs || etc. » Cette table finit au bas du f. 14* v*, où on lit : « Cy finist la table des cou- || stumes de bretaigne ». La Coutume commence au haut du f. 7* r**, par le titre du i®"^ article ou chapitre : « De ceulx qui veuUent viure hon- || nestement et iustice estre faicte. i. » — Elle a XVI ° xiiii articles ou chapitres, et finit par deux lignes imprimées au haut du f. 1 77^ v^, qui sont sui- vies de Pexplicit : a Cy finissent les coustumes de bretaigne ». — Et immédiatement au dessous (même feuillet v^) commencent les Constitutions, dont voici le titre et l'incipit: « Cy après ensuiuent auchunes constitutions || es- tablissemens et ordonnances faictes par plu- || seurs ducs et princes du pais et duché de bretai- || gne tou- chant la police de la iustice et régime du || dict pais et duché. « Et premier « Memoyre daucunes correctioiïs et mo- || dera- tîons qui sont vtilles et nécessaires po' les establisse- mens des coustumes de || bretaigne faictes ou parle- ment qui fut II Le xv. du mois de septembre Lan mil 8 58 IMPRESSIONS iiii ce. et v. || sur le faict de la iustlce des aduocats et des pie || daieurs de bretaigne et autres choses tou- chant le II bien et vtilite publique comme cy après- ensuit. » Les Constitutions finissent au bas du 236" f. r« oti on lit : « Cy finissent les coustumes et constitutions Il de bretaigne» Deo gracias. » Souscription (au v^ du 236® et dernier feuille^ : « LAan de grâce, mil iiii C iiii °- et cinq. Le (| iii* iour de luillet. Régnant treshault et || tresexcellant prince. Franczoys par la grâce de || dieu duc de bre- taigne Conte de montfort de ri || chemont destampes et de vertuz. A este parache || ue dimprimer ce présent volume de coustumes || corrigées et meurement visi- tées, par Maistre ni || colas dalier. Maistre guillaume racine et Thomas || du tertre aduocatz. « Auecques les constitutions establissemens et or- 11 donnances faictes en parlement de bretaigne es || temps passez et iucques a ce iour pareillement |j visi- tées et corrigées par. lacques bouchart gref || fier de parlement et par. Maistre allain bou- 1| chart par lindustrie et oupuraige de. Robin fouc- || quet et. lehan cres maistres en lart dimpression || a brehant lodeac ou diocèse de sainct brieuc. Ce || soit a la louange de la trinite. Amen. .*. « Robin foucquet lehan cres. » L'exemplaire de la Bibliothèque Nationale, d'après- lequel nous décrivons ce livre, est bien conservé,, relié en maroquin rouge avec filets et armes de France sur les plats (reliure de la Bibliothèque du roi au XVII* siècle) ; hauteur, 207 millimètres ; largeur,. DE BRéHANT-LOUDÉAC 59 140. — Il porte la cote F 2904, et dans rinventaire de la Réserve F 956. La bibliothèque de la ville de Rennes ep possède une autre (coté Armoire 1% if i5g4 bis)^ fort bien conservé , mais moins beau de marge , haut de 194 millim. sur 126 ; relié en veau fauve, portant sur les plats , en lettres dorées, le timbre de Tancienne Bibliothèque db M" les Avocats. Il I X. — Le Secret des secrets d'Aristote ORMAT in-4^^ gothique, de 6 feuillets non chiffrés, ^ formant un seul cahier, dont les 3 premiers ff. sont signés A i, a ii, a iii. -=- 27 lignes à la page, sauf les pages signées qui en ont 26. Titre (f. i®"^ r®) : a Cy commance le secret des se- cretz aristote || Qui enseigne a cognoistre la com- plexion || des hommes et des famés. » Incipit (même f., immédiatement après le titre) : « (C)y commance le liure des philozophes || translate de latin en francoys que le sai- || ge aristote fist pour lamour du roy ali || xandre son disciple pour le ensei- gner et endo- 1| ctriner... » Souscription (f. 6® V*) : « Cy finist le liure du phi* lozophe faict || pour la cognoissance du monde (sic) imprime || par Robin Foucquet et lehan cres a bre || hant lodeac soubz noble et puissant sei- 1| gneur Jehan de Rohan seigneur du gue || de lisle. Amen. « Mectez tous votre intencion A viure en deuotion Et tousiours faictes penitance Ayez en vous contriction Rendant pour satisfaction Triste et deuote repentance. « Robin Foucquet. » DIPRBSSIONS DI BRiHANT-LOUDÉAC 6l Pas d^autre exemplaire connu que celui de la bibliothèque Nationale, dans le recueil H 800. 1 (lûvent. de la rés. H 5o6). Quoique cette impression ne porte pas de date , sa ressemblance absolue — quant au tirage, papier, jus* ufication, hauteur de pages — avec les autres impres- sions de Bréhant-Loudéac de 1484 et 1485, Tidentité des caractères employés , la double mention de Bré- hant-Loudéac et de Jean de Rohan faite dans la sous- cription, forment une preuve certaine qu'elle est de 1485 ou de Tannée précédente. Le Secret des secrets d'Aristote est un petit traité de physiognomonie qui se lit encore avec intérêt. Nous allons en citer quelques pages. L'auteur recon- naît parmi les hommes quatre sortes de tempéra* ments, — le bilieux ou cholérique, le sanguin, le flegmatique et le mélancolique : c Or dit le saige que le colorique, qui est chault et sec, si est naturellement maigre et gresle, couuoiteulx et yreux 1, hastif et mouuant, esceruellé, fol, large, mail- cieulx et decepuant, saige et subtil où il applique son sens. — Le sanguin, qui est chault et moite, si est large, cour- tois, atrempé >, amiable, luxurieulx, chantant, riant, chault, vermeil en chère, gracieulx, et naturellement aime robe de haulte couleur. — Le flematique, qui est froit et moite, si est triste et pensif, paresceux, pesant et endormy, et si crache voulentiers quant il se meut, et est gras au visaige , et naturellement aime robe verte. — Le meren- colique, qui est froid et sec, si est triste, pesant, couuoi- teux, eschars s, mesdisant, suspeçonneux , malicieux, paresceux : il aime robe noire i (f. 2« r«). L'auteur enseigne ensuite a que Ton se doit garder * Irascible. — * Modéré. — ' Avare. 62 IMPRESSIONS € songneusement de toute personne qui a deffaulte de € membre naturel en luy, comme de piez, de mains, € d'ueil , ou d'aultre membre quel qu'il soit, et espe- € cialement d'homme esbarbé *, car il est enclin à « tout vîee et à toute mauuaistié, et s'en doit on gar- € der comme de son mortel ennemy » (f. 2* v®) . Puis il passé en revue les traits du visage et les principales parties du corps, pour en déduire le caractère, les passions et les aptitudes morales des divers individus. Nous citerons seulement ce qu'il dit des yeux et du nez : u Le philozophe enseigne que personne qui a les yeulx grans est bien paresceulx, poy honteux, inobedient, et cuide 3 plus sauoir qu'il ne scet. Quant les yeulx sont moiens, ne trop grans ne trop petis, et qu'ilz ne sont ne noirs ne vers, telle personne est de grant engin ', courtoise et loyalle. Personne qui a les yeulx gastes et estendus, signifie malice, vengence ou traïson. Les yeulx qui sont grans et ont grans paupières et longues, signifient folie, dur engin et mauuaise nature. L'ueil qui se meut tost et la veue est ague, telle personne est plain de fraude et de laroncin 4, et de petite loyaulté. Les yeulx qui sont noirs, et goutelletes parmy clères et luyssantes, sont les meilleurs et les plus certains, et signifient sens et discrétion, et telle personne si est à aymer, car elle est plaine de loyaulté et de bonnes condicions. Les yeulx qui sont ardans et estin- cellans signifient grant cueur, force et puissance. Les yevdz blanchars ou charnus signifient personne encline à tout vice et luxure et est plaine de fraude. c Item, Aristote enseigne, quant tu voiras personne qui te regarde souuent et se esbahist ainsi comme honteux et semble qu'il soupire et a goutellettes aparans en ses yeulx, osyes tout certain que telle personne te aime et te doubte » * Qui n'a pas de barbe. — * Pen«e. •— • Esprit, du latin inge^ nium, — ♦ Penchant au vol. — * Te craint ou te respecte. DE BRiHANT-LOUDÉAC 63 et désire ton bien et ton honneur. Item, s'il te regarde en gettant ses yeulx par à cousté ainsi comme par manière de mignotise *, soies certain que celle personne est deceuant, et que elle pourchace à toy vergonder >, espi- dallement homme à deshonnorer famé, et est faulx regart, loxurieulx et deceuant. € Item, les yeulx petis et rousseletz et aguz signifient personne merencolieuse, mesdisant, hardie et cruelle. Item, si vne petite voine > déliée apert * entre Tueil et le neiSf en famé elle signifie virginité, et en homme subtilité d'engin. Et si elle est grosse et noire, c'est signe qu'elle * est corrompue, chaulde et merencolieuse, et en homme elle signifie rudesse et defifaulte de sens ; mais celle voine n'apert pas tousiours. Les yeulx qui sont iaulnes et n'ont nulles paupières signifient mesellerie < et mauuaise dispo- sition de corps. Item, grans paupières et longues signifient rudesse, dur engin et luxure. M Les sourciz qui sont grans et se ioignent ensemble par dessus le neis signifient malice , cruaulté , luxure et enuie. Item , quant les sourciz sont déliez et longs , ilz signifient subtilité d'engin, sens et loyaulté. Item, les yeulx enfoncés et grans sourciz par dessus signifient per- sonne mesdisant, mal pensant , traistre , qui boit trop, et voluntiers il met son engin en malice. u Item, le visaige qui est petit et court et qui a gresle coul , et le neez qui est gresle, long et délié , signifie per- sonne de grant cueur, hastiue et ireuse. Item, le neis long et hault par nature signifie prouesse et hardement ^. Itenji le neis camus signifie hastiueté, luxure, hardement et entreprenant. Le neis bequeu >, qui descent iusque à la leure de dessus , signifie malice, decepuance >, desloyauté * Cajolerie, séduction. — * Elle cherche à te causer quelque honte. — • Veine. — ♦ Paraît. — * Elle, c'est-à-dire la femme. — • Lèpre. — ' Audace, hardi courage. — • En forme de bec. — • Tromperie. 64 IMPRESSIONS et luxure. Le neis gros et hault ou melieu signifie romme saige et emparlé. Le neis qui a grans narines et ouuertes, signifie glotonnie et ire « i (f. 3« r«-v« et f. 4 r«). Le Secret des secrets d'Aristote contient bien dVutres révélations du même genre et se termine par une curieuse comparaison de Thomme à toutes les bétes de la création. Mais nous en avons assez cité pour donner idée de Poeuvre. Nous terminerons par quelques observations générales sur la série des incu- nables de Bréhant-Loudéac. Quand on compare entre elles les souscriptions de ces dix incunables, on voit que toutes indiquent pour imprimeurs Robin Foucquet et Jean Crès. Cinq (Lois des trépassés, Griselidis y Bréviaire des nobles , Oraison de Nesson , Secret d'Aristote) dé- clarent rimpression faite à Bréhant-Loudéac « soubz noble et puissant Jehan de Rohan , seigneur du Gué de risle. » Une seule (la Coutume de Bre^ tagne) mentionne Bréhant - Loudéac comme lieu dlmpression , sans parler de Jean de Rohan. Deux au contraire [Trépassement de la Vierge, Songe de lapucelle] mentionnent le nom du protecteur (Jean de Rohan] sans indiquer le lieu dMmpression. Deux enfin [Miroir de l'âme pécheresse et Vie de Jésus-^ Christ) ne mentionnent ni Jean de Rohan ni Bré- bant-Loudéac ; il n^en est pas moins sûr qu^elles ont été imprimées en ce lieu. Elles sont du 6 mars et du * Nous avons corrigé quelques fautes de l'impression de Bré- hant-Loudéac au moyen d'une autre édition un peu plus récente^ sans date, mais antérieure à 1 5oo , conservée à la Bibliothèque Nationale sous la cote R 679 B. DE BRiHANT-LOUDÉAC 65 3o avril 1485; et diaprés les autres souscriptions, Foucquet et Grès exercèrent l'imprimerie à Bréhant* Loudéac depuis décembre précédent jusqu'au 3 juil- let suivant tout au moins, date de leur édition de la Coutume. Jean de Rohan, protecteur de Foucquet, n'était pas Jean II, vicomte de Rohan, qui vivait à cette époque et qui joua peu de temps après un si triste rôle dans la guerre de Charles VIII contre la Bretagne. Notre Jean, bien moins riche et moins puissant que le vicomte , était le chef d'une branche cadette, sortie d'Eon ou Eudon, fils d'Alain VI, vicomte de Rohan, mort en i3o3. Eudon ayant épousé l'héritière du Gué de risle, en la paroisse de Plumieux, cette branche fut appelée de là les Rohan du Gué de l'Isle. Jean de Rohan descendait d'Eudon en ligne directe et à la troisième génération ; il épousa Gillette de Ro- chefort et mourut en 1493 *. On a lieu de croire qu'il fit exécuter à ses frais les sept impressions qui portent son nom. Les Bibliophiles Bretons ont droit de le réclamer pour ancêtre. Son château, beau et grand logis du XV* siècle, couronné d'une admirable charpente du même temps, se voit encore aujourd'hui en la commune et paroisse de Saint-Etienne da Gué de l'Isle *, jadis trêve de Plumieux. Dans ses fossés coulent les eaux de la rivière du Lié, de l'autre côté de laquelle s'étend le territoire paroissial de Bréhant-Loudéac. Il est possible (pro- bable même) que les deux imprimeurs qui exerçaient leur art « sous noble et puissant seigneur Jean de * Voir dom Morice , Histoire de Bretagne, t. I, table généa- logique, tête du volume^ p. xxiii et zxvii. — ^ Canton de la Chèze, arr. de Loudéac (Côtes»du-Nord), 9 66 IMPRESSIONS DE BltiHANT-LOUDéAC Rohan » eussent leur atelier, noa pas au bourg dL Bréhant, notablement distant du Gué de Tlsle (à 6 kS lomètres) , mais tout près de ce château , dans Pu. des villages situés en face sur la rive droite du Li Des recherches locales , suivies dans cette directio amèneraient peut-être la découverte du premier rustique berceau de la typographie bretonne. IMPRESSIONS DE RENNES XI. — La Coutume de Bretagne lous connaissons trois exemplaires de cette édi- tion de la Coutume, un à la bibliothèque de la ville de Rennes , deux à la Bibliothèque Nationale cotés, dans Pinventaire de la Réserve, F 177 1 et F 1770. Nous décrirons d^abord ce dernier exemplaire, puis nous indiquerons quelques particularités qui le distinguent des deux autres. Cette impression a été faite avec un petit caractère gothique allongé, menu et très-aigu. La composition est très-serrée. Le tirage est bon, noir, mais pas tou- jours sans bavures. Le format est un très-petit in-8^, dont la justification a 65 millimètres, la hauteur de page 90. Le plus beau des exemplaires de la Biblio«« thèque Nationale (F 1770) a, avec ses marges, i34 millimètres de hauteur sur 97 de largeur. L^exem- plaire de Rennes, beau de marge, a même largeur sur i38 millim. de hauteur. Le livre a en tout 252 feuillets non chiffrés, répar- tis en 3 1 cahiers, dont les deux derniers n^ont aucune 6S IMPRESSIONS marque ni signature, et dont les 29 autres sont mar- qués exactement des mêmes lettres et signes que les 29 cahiers de la Coutume de Bréhant-Loudéac (voir ci-dessus p. 56). Dans chacun de ces 29 cahiers, le I*' f. seul est signé de la lettre ou du signe qui marque le cahier, excepté le cahier t, dont le i«' et le 5« ff. sont signés. — Les 3i cahiers (y compris les deux derniers non signés) sont tous de 8 ff., sauf un seul , le cahier t, qui en a 12. Mais dans les 252 S. qui composent ces 3i cahiers, il y a 5 flF. blancs, savoir : le i®"^ f. du i" cahier (qui peut-être formait frontispice et portait un titre, il manque aux trois exemplaires que nous connaissons), les 2 derniers £F. du cahier t * (ff. 171® et 172® du volume), le i" et le dernier f. des deux cahiers non signés qui terminent le livre (ff. 237 et 252). Il y a 26 lignes par page. — Les initiales des chapitres sont peintes en rouge. Voici la division du volume. Le texte de la CoU' tume finit au f. 170® v°, et après les deux feuillets blancs qui terminent le cahier t, les Constitutions et Établissements commencent au f. 173® r**, occupent 64 ff. et finissent au f. 236® r®. Le bas du recto de ce f. et le haut du verso sont occupés par la souscription. Là s^arrêtent les 29 cahiers signés. Les deux derniers non signés contiennent la table des chapitres, précédée de son prologue, qui ne commence qu'au f. 238® r®, le f. 237® ayant été laissé blanc. Prologue et table occupent 14 ff. et finissent au r** du f. 25 1®, le 252® et dernier restant blanc. Venons aux incipit, explicit et souscription. « Ces 2 ff. manquent dans Texempl. F 1770 de^a Bibl. Nat., mais ils existent dans F 1 771 et dans celui de la bibl. de Rennes. Dt RENNES La pêne du i" f. dans les trois exemplaires connus de nous, ne nous permet pas de savoir si cène édition a un titre. Le f. 3' est occupé, dans sa moitié supérieure , par une vignette (que nous reproduisons ici) représen- tant l'écusson de Bretagne , semblable à celle de la Coutume de Bréhant-Loudéac , si ce n'est que dans l'édition de Rennes la taille est moindre de moitié, et Vécu ne porte que 6 mouchetures d'hermine (3. a. ]) au lieu de 8. Au dessous de cette vignette est le titre , ensuite commence le teste du premier chapitre ou aniclejde la Coutume: u De ceulx qui veullent viure hon- nestement et iustice || estre faicte. || — Qui vouldroit 70 IMPRESSIONS viure bon || nestement et que iustice soit faicte en || etc. ». Le texte de la Coutume finit au f. 170* v^ qui n*a que 1 8 lignes, la 18" ligne étant formée par cet expli- cit : « Cy finissent les coustumes de bretaigne. » — Les 2 ff. qui suivent sont blancs. Au f. 1 73" commencent les Constitutions, annoncées par ce titre: « Cy après ensuyuent aucunes constitu- cions esta || blissemens et ordonnances faictes par plu- seurs II ducs et princes du pays et duché de bretaigne tou II chant la police de la iustice et régime du dit pais II et duché. » Le texte des Constitutions finit au f. 236® r^, par trois lignes que nous allons citer, au dessous desquelles se trouvent trois lignes de blanc, et ensuite immédia- tement la souscription. Voici le texte de ce passage, reproduit figurément avec la disposition qu^il a dans Pexemplaire F 1770 : (f. 23ô« r«) (ligne 12) Etfut commande y obéir et les tenir sans enfraindre a commancer troys mois après ladicte publicacion Lan de grâce mil iiii C iiii vingtz iiii le xxvi io' de mars deuant pasques Régnant treshault et tresexcellant prince Franczoys par la grâce de dieu duc de bretaigne conte de montfort de richemont destam pes et de vertuz A este paracheue dimprimer ce présent volume de coustumes correctees et meu rement visitées, par maistre nycolas dalier. maistre guillaume racine et thomas du tertre aduocaz DB RENNES 7I (f. 236« v«) Auecques les constitucions establissemens et ordonnances faictes en parlement de bretaigne es temps passez et iucques ad ce iour pareillement visites et correctees par lacques bouchart gref fier de parlement et par maistre allain bouchart par lidustrie {sic) et ouuraige de Maistre pieres belle scullee et losses. Et fut en la ville de rennes près leglise de sainct germain. Ce soita lai ouen ge de la trinite. '.'.•.•.•.•.•.*. Au dessous, la moitié inférieure de la page v^ du f. 236® est occupée par la marque de BellescuUée, qui offire le triple symbole de TÉternité, de la Trinité et de la Rédemption, et que Brunet a reproduite, de même grandeur, au t. II, col. 36i de la 5** édition de son Manuel. Tel est l'exemplaire F 1770 de la Bibliothèque Nationale. Mais dans F 1771 et dans l'exemplaire de Rennes, au r^ du f. 236®, il y a quelque chose de plus. Le blanc de trois lignes qui (dans F 1770) sépare la dernière ligne des Constitutions et la première de la souscription, ce blanc n'est point complètement vide dans les deux autres exemplaires ; il est occupé par ces deux lignes: Cy finissent les coustumes et constitucions imprimées Et faictes à la requeste et despence de. Ihan hus. Au f. 238*, le prologue de la table commence : « Aucunes foiz est aduenu en pluseurs || terres landes marfoilles qui ne por il toint que poy de fruitz , ne les fruitz » etc. Les deux lignes ajoutées dans F. 1 77 1 et dans l'exem- plaire de Rennes sont d*un grand intérêt, puisqu'elles 72 IMPKKSSIONS nous apprennent le nom du particulier qui fit les frais de rédition et qui avait probablement contribué à faire venir à Rennes BellescuUée. Malheureusement jus* qu'ici ce particulier est fort inconnu. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les Hus ou Hux étaient, au XV* siècle, dans la bourgeoisie de Rennes, une famille importante, dont le nom s'était attaché dès lors à une rue de cette ville, qui l'a conservé longtemps. Mais pourquoi la clause contenant le nom de Jean Hus et rappelant sa générosité n'est-elle pas dans tous les exemplaires ? Peut-être parce que sa modestie y opposa d'abord quelque résistance ; peut-être aussi parce qu'il ne se décida à payer l'édition qu'après le commencement du tirage : il y eut ainsi une partie des exemplaires du 29" cahier qui ne purent porter cette mention. Nous reproduisons ici en fac-similé les deux lignes relatives à Jean Hus avec la ligne qui précède et avec celle qui suit, comme elles sont dans F 1771 et dans l'exemplaire de Rennes. En comparant ce fac-similé au texte de la souscription et des lignes qui la précè- dent, que nous avons reproduit figurément ci-dessus p. 70, on se rendra parfaitement compte de ce qui a été fait. ^ivmftMfMrftcostucost apuêU^impiMU Cf f HHfT» let o-uWet d cMNiNriSf iinimtM ftinai jfoortfiMtiiéCiiif MtffOiiiifexiMM* Le recto du f. 236® a d'abord été composé tel qu'il existe dans F 1770, avec un blanc d'une ligne entre DE RENNBS les lignes 7 et 8 de cette page et un autre blanc de 3 lignes ménagé, avant la souscription, entre les 1. 14 et i5. — Quand on a voulu intercaler la clause con- cernant Jean Hus, il a fallu se procurer avant la souscription 4 lignes en blanc au lieu de 3. Pour cela, on a supprimé le blanc^ d^une ligne, existant dans F 1770 entre les lignes 7 et 8, mais qui a disparu dans les deux autres exemplaires , et on a remonté d^une ligne les lignes 7 a 14. — Dans cette opération^ la ligne 14 est tombée, il a fallu la recomposer, et on Ta fait si maladroitement que ;le dernier mot (publi-^ cacion] est resté inachevé (publi-). Nous insistons sur ces petits détails pour bien montrer quUl n^ ^ pas ici deux éditions, mais (pour cette page seulement) deux états différents de la même édition, — et que le premier de ces états est celui de l'exemplaire F 1770. Quant à la date donnée dans la souscription, « 26 mars 1484 avant Pâques », elle est en vieux style et jrépond au 26 mars 1485. Ainsi Fédition rennaise de la Coutume parut avant celle de Bréhant-Loudéac , achevée le 3 juillet suivant. Elle est aussi (nous le verrons) antérieure à celle de Tréguier, datée de mai et de juin. Toutefois ce n'est point la plus ancienne édition de la Coutume de Bretagne, qui avait déjà été imprimée à Paris en 1480 chez Guillaume Lefèvre *; cette première édition a été décrite avec beaucoup de soin dans le Catalogue de la Bibliothèque de Nantes de M. Emile Péhant (t. I, p. 371, n® 6942), sur des notes fournies par le * Et non Jacques Lefèvre , comme l'appelle dom Plaine dans son Essai sur Vimprimerie en Bretagne {Revue de Bret. et de Vendée y 1873, 2* semestre, p. 247). 10 74 IMPRESSIONS DE RENNES possesseur du seul exemplaire connu, M. Hippolyte Thibaud. L'exemplaire de Rennes présente une autre parti- cularité — mais tout accidentelle — que nous a fait connaître l'honorable et érudit libraire, M. Claudin. Au f. .170 V**, où finit le texte de la Coutume , et au dessous de l'explicit Çy finissent les coustumes de bretaigne, un ancien possesseur du livre a inscrit cette note facétieuse : « Ce présent liure napartient à Pierre Diauet, sieur « de nul lieu , baron et viconte et prince de rien. « Ceux qui ce présent liure trouueront audit sieur « de nul lieu le randront, et poira vne grosse, grande, « large , petite et estroitte pinte de vin à la mezure « de Jocellin. Ce 21*"® décembre 161 1. (Signé) « P. DiAUET. » Dans la souscription de l'édition rennaise de la Coutume de Bretagne deux imprimeurs sont nommés. Feu M. Jausions en a voulu faire deux frères quHl nomme a Pierre et Josse BellescuUée * ». Josse peut être employé comme prénom , quoiquMl soit rare à cette époque ; mais ici la construction de la phrase résiste à cette interprétation. « Maistre Pierre Belles- cuUée et Josses » s'offrent là comme deux noms patronymiques. BellescuUée , travaillant à Rennes, prit Josses pour auxiliaire , comme plus tard il prit à Poitiers Bouyer, ainsi que le prouve le curieux fragment des Heures à Vusage d'Angers^ retrouvé par M. Léopold Delisle dans une ancienne reliure , et conservé à la Bibliothèque Nationale (Inventaire B 33,668). ^ Voir D. Plaine, Essai sur Vimprim, en Bref,, Ibid,, p. 246. XII. — Le Florct en français METiT in-4'' goth. de 40 feuillets ; 34 lignes à la !l( page ; hauteur de page, 118 millimétrés ; ;us- ition, 66. L^exemplaire de la Bibliothèque Natio- * — le seul connu — a, avec ses marges qui sont belles, 184 millimètres de haut sur 1 23 de large. ..es 40 S. sont répartis en 5 cahiers : a, b, c, d, e. :i comme sont signes ces cahiers : le i*' f. du :ahîer, servant de frontispice et portant le titre, pas de signature ; le 2' i. est signé a, et le 3* a 2. ier b ; i" f. signé b i , et 2' f, b 2, Dans les trois es cahiers, le i" f. est signé c i, d i, e i; maïs le n'est pas signé, et le 3' est signé c 2, d 3, e 2. itre (f. i" r") : « Floret en || franczoys ». — Ce ; est en grosses lettres gothiques découpées en blanc un fond noir. En voici la reproduction. Mm m ^t^ Y, R&erve. — Le Supplément au Manuel du libraire, 76 IMPRESSIONS Au V**, Pécusson de Bretagne dans une vignette qui reproduit identiquement celle de la Coutume de Rennes de 1485 (voir ci-dessus p. 69). Incipit (f. 2^p>) : m Cy ensuyt le prologue [[ de Flo- ret en franczoys || Vous qui prenez plaisir a lire || Les romans darmes et damours. » Souscription (f. 40* v®) : « Cy finist floret en franc* zoys II Imprime a Rennes Lan de grâce || Mil quatre cens quatre vingts et. v. » — Au dessous, la marque de P. Bellescullée, comme Ta donnée Brunet (Manne!, II, 36i). Le Floret, en latin Florettis, mieux Floretum (lieu où croissent les fleurs) , est une sorte de doctrinal ou traité élémentaire de religion et de morale, écrit en vers latins. Le Floret en franczoys est , comme le nom le dit, la traduction de ce latin. Mais le tra- ducteur a composé de son propre fonds le prologue et renvoi et s^est donné dans sa traduction beaucoup de liberté *. On n'en connaît que cette édition, et de cette unique édition cet unique exemplaire. Les extraits suivants donneront idée de ce livre rarissime. Ils sont tirés des ff. 2«, 4«, Sg» et 40*. Cy ensuyt le prologue de floret en fremc^oys Vous qui prenés plaisir à lire Les romans d'armes et d'amours, de MM. Deschamps et Gust. Brunet, tout récemment publié, donne (t. l'% col. 5o6 et Soy) une description de cet exemplaire, qui diffère en quelques points de la nôtre; nous nous sommes assurés, sur Texemplaire même, que l'exactitude est partout de notre côté. — * Liberté de traduction , et non liberté de lan- gage; car, quoi qu'on en ait dit, le chapitre de la luxure, dans ce Floret, n'a rien de curieux. DE RKNNSS 77 Leissez les, et veillez eslire Cieulx qui enseignent bonnes meurs. En apuril, le gracieulx moys Que amour doit les fleurs cuilliz , En doulx païs de Vendosmoîs Me vint doulcement requeriz Que luy vouUeisse recuillir Floret de latin en francoys, Et le luy respondi qu'ancoys < Il me failloit les fleurs cuilliz. Y voy au buisson verdoient , Lors alay pour cuillir les fleurs. Ainxi qu'alaye tournéant Pour cuider choaisir les meilleurs, La nuyt me print , et en decours Esgarez fu et forvoicnt > ; Mon fait eust esté â noient s S'espoir ne m*eust donné secours. Fleurs, aubepains et marguerites Trouuay et maintes fleurs diuerses. le prins des grans et des petites, Blanches, vermoillcs, yndes et perces ; Car contre fortunes aduerses Ont grant vertu et grant mérites, Et pour ce ie les ay eslites Pour fouir les choses peruerses. Versez me fut en mon couraige * A qui Floret presenteroye. Et à qui par noble paraige Chappeau de mes fleurs donneroye. Si regardé que l'en feroye Au roy de France, par homaige, ^ Pour ainçois, auparavant — ' et > Pour forvoiant et à noiant, téant. — ^ J'agitai dans mon cœur {couraige) la question de roir à qui je présenterais mon livre. 78 IMPRESSIONS Présent : car, en l'umain lignaige, Mieulz emploier ne le saroye. Roy et père de fleur de lis, Delis les fleurs sans demourance ; En ce iardin plaisent , îolîs, Lis les lettres par diligence. Ce fait valoir la conscience, Science acquiert paradis; Par addicion de beaulx dis Disciple aprent sapience. La diuision du liure par chapitres, La première part nous applique A croyre la foy catholique. Le deusieme enseignement , De la loy le commandement. La tierce part si nous enseigne Que chascun de péché se creigne. La quatriesme part si nous diuise Les sacremens de saincte Eglise. La. V. part si y comprant Les vertus et les nous aprent. La. vi. vieult tout defenir. Qui nous enseigne à bien mourir. L'enuoy, Fleur de lis, qui es la mestresse Et la royne de toutes fleurs, Pren Flouret qui de toy s'apresse * Et ne sceit où fouir aillours ; Car Acquillon les fleurs adresse s, Ce leurs amatist ^ les coulours. * S'approche. — * Aquilon dirige son souffle contre les fleun. - » Flétrit. DE RENNES 79 Fortune, mère de tristresse (sic), Leur donne mains heures et mains tours. Âcolies et violetes, Et les aultres fleurs iolietes Que desus fay mis en escript, Sont les doms du Sainct Esperit, Et les aultres sont entendus Tout le gênerai des vertus. Les arbres sont les gracieux Liures, nobles et précieux, Dont la graine fut apportée Qui en ce iardin fut plantée. Comme la Bible et le Décret, Et maint aultre Hure discret. Par les branches sont entendus Les liures d'icieulx desccnduz. Comme la Somme raimondine Et maint aultre plaisant doctrine. Aussi ie lo < qu'entendre veilles, Par les fleuretes et les feilles, Les articles de noustre foy. Les commandemens de la loy Et les nobles fleurs contenues En ce liuret , grans et minues. Les petis oyseaux qui chantoint Et dedens les arbres estoint Sont les docteurs de saincte Eglise, Qui science nous ont acquise, Et les prebtres et les prescheurs Qui font amender les pechours. Le noble fruict qu'ilz actandoint , C'est désir que ihesucrist voient En son tresprecieux verger. Car illec se doit héberger Je loue, j'approuve, je veux. 8q impressions de rennes Chascunc bonne créature Et prendre sa doulcze pasture, Les herbes sont tous bons cristiens. Le mont de Syon pert et leisse Ses vertus et ses grans doulczours ; Les pastours viuent en destresse Et leurs brebis en grans doulours ; Car yuer les herbes enpresse Tant qu'ilz en perdent leurs odours. Pour ce, Charles, fleur de prouesce, Mepts hors les fleurs de leurs langours^ Fay tant que zephîrus les dresse En leurs primieres valours, Affin que Dieu te doint liesce, Plaisante victoire, secours, Beaulté, bonté, honneur, ieunesse. Quant le monde ara fait son cours. AMEN Cyfinistfloret enfranc\oys Imprime a Rennes Lan de grâce Mil quatre cens quatre vingts et. y. mm XIII. — La Grande absoute de Pâques ;ous ne connaissons cette impression que par un article du Catalogue de la bibliothèque de M, Desq, de Lyon (Paris, Potier, 1866, in-8**) où, à la section Théologie, on lit p. 2 1 : 87. La Grant Absoulte de Pasques (vers 1484}. Pet. in-40 goth. de 4 ff., réglé, mar. r. tr. d. (Duru), — Pièce rare , sans indication de lieu ni de date ; mais ayant , sur le premier et le dernier feuillet, la marque de Pierre Bel- lescuUée et Josse, imprimeurs à Rennes en 1484. La date de 1484 doit être ici remplacée par 1485, car, nous Tavons vu , la plus ancienne impression datée de Bellescullée et Josses à Rennes est du 26 mars 1485. Le rédacteur du Catalogue Desq n^aura pas pris garde que, dans la souscription de Tédition rennaise de la Coutume de Bretagne, la date est exprimée en vieux style. D^ailleurs, la Grant absoulte de Pasques, portant la marque des impressions de Bellescullée à Rennes, doit être, sans difficulté, rapportée à ce lieu et à cet imprimeur. — Mais est-il certain que ce soit une œuvre théologique ? Pour éclaircir ce doute, il fau- drait pouvoir la rencontrer, et Ton ignore où est passé Fexemplaire de la vente Desq. II IMPRESSIONS DE TR^GUIER XIV. — La Coutume de Bretagne *N signale trois exemplaires de ce livre rare : Tun à la Bibliothèque publique de Rennes , l'autre à la mairie de Morlaix *, le troisième décrit par Brunet dans la 5« édition du Manuel du libraire, t. II, col. 36i et 362. Nous allons le décrire d'après l'exemplaire de Rennes (coté actuellement Armoire /^®, n® 1606)^ en nous aidant de certaines données fournies par Brunet. C'est un volume petit in-8° gothique de 320 feuil- lets non chiffrés, à 25 lignes par page *, ayant 100 mil- limètres de hauteur de page , et de justification 65. L'exemplaire de Rennes , avec ses marges actuelles ^ est haut de i3o millim., et large de 95. Sur sa reliure en veau brun on lit : Bibliothèque de M" les avo- cats, parce qu'il provient de l'ancienne Bibliothèque des avocats au Parlement de Bretagne. *■ Renseignement fourni par M. A. Claudin. — ' Brunet dit < 24 ou 25 lignes »; mais nous en avons partout compté iS, 84 IMPRESSIONS Au point de vue typographique , il faut distinguer dans ce livre trois parties : i® les feuillets liminaires , 2® le corps de la Coutume , 3» les Constitutions et établissements des ducs. Première partie. — Elle est composée de feuillets liminaires contenant le titre et une table ou réper- toire alphabétique de la Coutume, L'exemplaire de Rennes ne contient plus que les 8 derniers de ces ff. liminaires, formant i cahier dont le i®' f. est signé Q i et commence par cette ligne: « xvi" xiiii. xvi " xviii. Vide condempnacion. » — L'exemplaire décrit par Brunet avait gardé 10 de ces fF., c'est-à-dire 2 de plus qui précédaient le cahier Q et appartenaient néces- sairement à un cahier marqué P. Le i®' f. existant de l'exemplaire Brunet n'était pas le i®"^ f. de la table, il commençait par cette ligne : « Accroistre viii" iî ». Il y avait certainement avant ce f. un autre f. de table et probablement un f. de litre ou un f. blanc, car un cahier ne peut être composé d'un nombre impair de feuillets. — Le nombre des fF. liminaires devait donc être de 12, divisés en 2 cahiers, P de 4 fF. et Q de 8. Deuxième partie. — Elle contient le texte de la Coutume, précédé de la table des chapitres , et com- prend 200 fF. répartis en 25 cahiers de 8 fF. chaque , marqués (en petites lettres gothiques) a, b, c, d, e, f, g, h, i, k, 1, m, n, o, p, q, r, r (en forme de 2) , s (longue), s (courte), t, u, v, z, 9. — Dans le i« ca- hier, le i«r f. seul est signé a , et de même dans le 7« cahier, dont le i«' f. est signé g i. Dans chacun des autres cahiers, les deux premiers fF. sont signés régu- lièrement b i, b ii, — c i, c ii, et ainsi du reste. DE TRÉGUIKR 85 Au recto du f. a ou f. !•' de cette 2« partie , com- jinence le prologue de la table des chapitres: « Aucunes £biz est aduenu en plu || seurs terres landes merfoilles <}ui II etc. » Ce prologue finit au bas du verso du f. 2% dont la dernière ligne porte: « Prima pars tabule. » La table des chapitres commence au haut du f. 3* r* et «lie est effectivement divisée , comme le texte même Elle finit au recto du f. suivant qui est le 200* et dernier de la 2' partie , et dont le verso est blanc. Troisième partie. — Elle contient les Établisse^ ments et constitutions des ducs de Bretagne et Pancien code maritime connu sous le nom de Coutumes de la mer, mais que Ton appelle ici les Noblesses et coutumes au comte de Bretagne. Elle compte 108 ff. divisés en 14 cahiers marqués (en capitales goth.) A, B, C, D, E, F, G, H, I, K, L, M, N, O. Tous ces cahiers sont de 8 ff., sauf N qui n^en a que 4; tous signés, sur les 2 premiers ff. de chacun d^eux, A i, A ii , et ainsi des autres. Cette 3« partie du volume s^ouvre par ce titre (f.i«' r®) : a Establissemens du duc de bretaigne || sur les pledoieurs et leurs salaires, d C^est une ordonnance du duc Jean le Roux , de Tan 1259 (voir D. Morice, Preuves de VHist. de Bref, y I, 970), elle est suivie d'une autre du même prince, portant changement du bail en rachat (D. Morice, Ibid.y 1037), puis viennent les Constitutions du XV« siècle (à partir de celle du i5 septembre 1405) qui sont aussi dans les autres éditions de la Coutume, Souscription (au f. 95® v^ de cette partie, ou7«f. du cahier M) : « Cy finissent les constumes o les consti- tu- Il cions establissemens de bretaîngne corrige- j| es et adiustees deuers pluseurs leaulx et || bons exem*- plaires. Imprimées en la cite de || lantreguer Par la. P. Le iiii« io' de iung. Lan de grâce mil iiii « iiiî " et V. (I Deo gracias. » Le 8« f. du cahier M est blanc, ainsi que le i" f. DK TRÉGUIER 87 du cahier N. Au recto du f. N ii, les Coutumes de la mer commencent ainsi : c Se sont les noblesses et cou II stumes aux contes de bretaigne || Premièrement toute neff ou vesseaulx » etc. — Elles finissent à la page verso du 7® f. du cahier O, à la 25^ et dernière ligne qui porte : « la faiste saint andre lan mil. ii « ix et VI. ans. » — Le dernier f. est blanc. On ne peut douter que les feuillets liminaires, for^t mant la i'® partie du volume, niaient été imprimés après la 3® partie, puisquUls continuent régulièrement la série des cahiers signés de capitales gothiques : la 3« partie finit avec le cahier O; la i^^ partie, dont on a fait les feuillets liminaires de Touvrage, se com. pose des cahiers P et Q. Cela seul suffit à prouver que , dans Tédition de Tréguier, comme dans celles de Rennes et de Bréhant-Loudéac , la Coutume et les Établissements ou Constitutions forment un seul livre, une même unité typographique, et que M. Jau- sions a eu tort d'y voir deux impressions et deux livres différents *. Le caractère employé pour l'impression de la Coutume de Tréguier est plus beau et un peu plus fort que celui de BellescuUée ; mais il est , comme ce dernier, du genre allongé , aigu , pointu ; il a avec lui un air de famille. La composition est moins serrée que celle de la Coutume de Rennes, il y a plus d'interligne, plus d'air et de Jour; par suite le tirage vaut mieux. La physionomie typo- graphique du livre est plus satisfaisante à certains égards; elle est moins originale. * Revue de Bretagne et de Vendée, 1875^ 2' semestre, p. 462. 88 IMPRESSIONS DE TR^GUIER Quant au fond , le texte de Pédition de Tréguier n^a point été, comme celui des éditions de Rennes et de firéhant, revu par les cinq >urisconsultes nommés dans les souscriptions de ces deux dernières ; il doit donc se trouver entre ces deux textes quelques diffé- rences notables; c^est aux hommes qui étudient spé- cialement notre vieux droit, que revient le soin de les signaler. Nous en noterons seulement deux ou trois, tout extérieures. — D^abord cette division du texte et de la table de la Coutume en 9 parties , qui n^existe pas dans les deux autres éditions bretonnes , mais qu^on trouve (ainsi que Tappendice de la table des chapitres) dans celle de Paris de 1480. Puis, dans les éditions de Rennes et de Bréhant , le dernier cha- pitre de la Coutume porte le numéro xvi " xiiii (334); il a ici le numéro xvi " xvi (336). — Outre cette diffé- rence de chiffrature, Tordre des deux derniers cha- pitres a été changé : le dernier chapitre de Bréhant et de Rennes est ici Pavant-dernier, et réciproque- ment. C^est assez pour indiquer aux érudits Pintérét que présenterait une étude comparée de ces deux textes. XV. — Le Catholicon breton Il y a trois exemplaires connus de ce livre, un à la bibliothèque de Quimper, deuxàlaBiblioth. Nationale sous la cote X 1429 -j- -f- A, dont l'un, qui a conservé sa reliure ancienne, mesure avec ses marges 277 millim. de haut sur 197 de large. C'est un petit in-folio goth. à 2 colonnes, ayant 45 lignes à la page. Hauteur de page, 214 milli- mètres; justification, 146. 106 feuillets non chiffrés (dont le dernier est blanc), répartis en 17 cahiers signés a, b, c, d, e, f, g, h, i, k, 1, m, n, o, p, q, r ; — tous de 6 ff., sauf a et b qui sont de 8 ff. Les 4 premiers ff. de chaque cahier signés b i, b ii, b iii, b iiii, et ainsi des autres, sauf le i^ f. du I®' cahier qui, à cause du titre, n'est pas signé. Titre (f. i" r*^): « Cy est le Catholicon en troys lan || gaiges Scauoir est breton fran- || czoys et latin selon lordre de la || b. c. d. etc. » — Au dessous de ce titre la marque de Jean Calvez : un écusson chargé d'un J, d'une équerre et d'une hache (armes parlantes, Calve:{ en breton est un charpentier), cet écu pendu à un arbre et soutenu par deux chimères. Au bas dans une bordure décorée d'une série de losanges et d'un échiqueté, est écrit I. CALVEZ. — Voyez cette marque en fac-similé à la fin de ce chapitre. Incipit (f. I*' V®, au bas de la 2« colonne) « Incipit diciionarius britonum continens || tria ydiomata. vi- 12 90 IMPRESSIONS DE TRJÊGUIER delicet britanicum secundum || ordînem litterarum alphabeti. gallicum et || latinum superaddita a M. I. Lagadec dio || cesis trecorensis. compositus ad vtili- tatem || clericorum nouellorum britanie ». Cet incipit est précédé d'une longue préface qui occupe tout le reste du verso du f. i®'; elle commence; a Qui lingua loquitur, » et a été reproduite par M. Le Men dans une édition abrégée du Catholicon , que nous indiquons plus bas. Souscription (f. io5® v°, col. 2) : a Cy finist ce pre- sant libure nomme le ca- 1| tholicon lequel contient trois langaiges || Scauoir, breton, franczoys, et latin le quel II a este construit compile et intitule par noble et Il vénérable Maistre auffret quoatqueue || ran en son temps chanoine de treguier. |] recteur de Ploerin près morlaix preuoians || que cestoist vne chose propice et vtile de || mettre ces trois langaiges concordens || lung a laultre quant afHn et pour instruire || les simples gens a auoir la cognoissance (j desditz langaiges ainsi que le libure le || demonstre Et Imprime a la cite de lantre || guier par Jehan caluez le cinquiesme iour |j de nouembre. Lan mil cccc. iiii. vingtzet || dix neuf». Avant cette longue souscription , dans la même colonne, sont quatre vers latins, et après la souscrip- tion trois vers bretons, qui, les uns et les autres, ne sont pas sans intérêt. Voici le fac-similé de cette colonne — la dernière du livre — d'après le meilleur des deux exemplaires de la Bibliothèque Nationale. fyuojpttetffta^Z^e çiûtia ntHnfatt «rtm JiiiMttW9 tm^t/fit fan» Biitn» ffoiMfifit ïDrtfioBfofmatonpamfofi Sctfott aoMciv n&i 0m^at 8r|»(e it^ frnt'ft cr mrfdtit AVntr ttSttte (i; ca^ cMi^ot^ fc qiirr (ontiditttme tcmçatqc» ^ammSsftwyfcancifû^/^ tatit} te f^utt û tftt ^ftmt r9piff: (t intivik$ par mftU ^^«*"Unuaa 92 IMPRESSIONS Les quatre vers latins qui forment la tête de cette colonne , doivent être écrits ainsi : Hoc opus effeciy dans gratia Neumatis Almi iuuamen michi, Sit lauSy virtus, gloria sibi, Verbo plasmatorij Patri, toti Deitati. Actorem libri benedicat dextera Christ i *. Quant aux trois vers bretons qui suivent la sous- cription, ils soulèvent la question de savoir quel est l'auteur du Catholicon. En voici la traduction qu^a bien voulu nous fournir le savant M. de la Ville- marqué : « Yves (Eu^en) Roperz de fcerdu, croyez-le bien, « le composa [ce livre) et le continua jusqu'à la fin, « sans qu'il y manquât rien d'aucun côté *. » M. Le Men, archiviste du Finistère, a donné en 1867, à L^rient, une édition fort utile — mais, à notre avis, trop abrégée — du Catholicon de 1499 '. Dans sa préface, il soutient qu'Yves Roperz est simplement le typographe qui composa l'ouvrage (l'ouvrier com- positeur), AufFret de Quoatqueveran l'éditeur, Laga- dec ou Lagadeuc l'unique auteur. * I J'ai fait cet ouvrage avec Taide que m'a donné la grâce de TEsprit-Saint. A lui louange, honneur et gloire! au Verbe créa- teur, au Père, à toute la Trinité !  Fauteur du livre la bénédic- tion du Christ. » — La seule difficulté consiste dans le solécisme du premier vers, qui substitue un nominatif à un ablatif absolu et écrit dans gratia pour dante gratia, — ' 11 faudrait imprimer ces vers ainsi : Eu:^en Roper:ç (credet quer:{) a Kaerdu En composas (ung pas ne f allas tu Bed enn yssu) hac en continuas. ' Le Catholicon delehan Lagadeuc, etc., publié par R. F. Le Men, d'après l'édition imprimée à Tréguier en m. cccc. xciz. — Lorient, Ed. Corfmat, libraire. — Sans date (1867), in-8*. DE TRÉGUIER g3 Sa raison d^attribuer tout à Lagadec ou Lagadeuc, c^est qu^il existe au département des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale (Ms. lat. 7656) un manuscrit du Catholicon, daté de 1464, qui indique pour unique auteur Lagadeuc (le nom est ainsi écrit) Mais dans ce manuscrit le dictionnaire est incomplet, il s^arrête au mot: « Près, ^a//. presse, lat. frequentatio. » D'autre part, maître AufFret de Quoatqueveran , dans la souscription reproduite en fac-similé ci-des- sus p. 91, se donne formellement pour auteur de Touvrage. Il ne peut même en avoir été l'éditeur, car, d'après les termes de cette souscription [en son temps recteur de Ploerin]^ il était mort en 1499, date de la seule édition connue. Enfin, ni à cette époque ni plus tard, on ne trouve, à la fin des livres , la mention de l'ouvrier compo* siteur. Une telle mention, au point de viit des rap- ports qui existaient à cette époque entre les ouvriers et les maîtres , serait tout à fait anormale , ce qui ne permet guère d'adopter l'interprétation de M. Le Men concernant Yves Roperz. Mais il y en a une plus simple et qui s'accorde avec tous les textes. AufFret de Quoatqueveran est le principal auteur du dictionnaire ; c'est lui qui en a eu l'idée , qui en a tracé le plan, qui a dressé la liste des mots bretons. C'est Lagadec qui a mis, sous chaque mot breton, le français et le latin correspondants ; l'incipit transcrit ci-dessus p. 90 le dit formellement : Gallicum et latinum superaddita a magistro J. Lagadec. Mais Lagadec et AufFret n'allèrent pas jusqu'au bout ; leur œuvre commune, rédigée dès 1464, s'arrê- tait au mot Près, C'était la plus grande partie, envi-« IMPRESSIONS DE TRËGUIER ron les quatre ciaquièmes du livre. Quand Calvez songea à l'imprimer, il fellut le terminer, Roperz s'en chargea et le continua sur le même plan jusqu'au bout t. sans qu'il y manquât rien d'aucun côté >. C'est lui, très- probablement, qui dirigea l'édition. L'opinion ancienne est donc fondée, qui donne au CathoHcon trois auteurs : Auffret, Lagadec, Ropeiz. IMPRESSIONS DE LANTENAC ANTENAC, aujourd'hui un petit village *, était au XV* siècle une abbaye de l'ordre de Saint- Benoît , pas très^éloignée du Gué de l'Isle (de 4 à 5 kilomètres) et très-proche (à 1 800 mètres) de la petite ville de la Chèze , l'une des résidences et des places fortes du vicomte de Rohan. On s'explique l'établis- sement d'une imprimerie en ce lieu , sous la double protection de ce puissant seigneur et de son cousin du Gué de l'Isle. Dom Plaine ' ou plutôt M. Jausions attribue à Lantenac trois impressions: i^ le Doctrinal des nou'» velles mariées (1491); 2° les Sept psaumes en français; 3® la Très celebrable prise de Grenade, Ce dernier livret se compose de 8 fF. in-4°. La Bibliothèque Nationale en possède un exemplaire relié avec six des impressions de Bréhant-Loudéac dans le recueil coté Y 4418 A. Le titre complet, inscrit au recto du i" feuillet, est: « La très celebrable digne de mémoire et || victorieuse prinse de la cite * En la commune de la Ferrière (jadis trêve de la Chèze), can- ton de la Chèze, arrondissement de Loudéac (Côtes-du-Nord). — * Essai sur Vimprimerie en Bretagne, dans la Revue ^ de Bref, et de Vendée, iSyS, 2® semestre, p. 463. 96 IMPRESSIONS DE LANTENAC de Granade. » — C'est sans doute le voisinage des incunables de Bréhant qui a donné Tidée de faire de cette plaquette un incunable breton, car en Texami- nant avec soin nous n'y avons rien pu trouver qui explique cette opinion. Il n'y a ni nom d'imprimeur, ni lieu ni date d'impression ; le caractère (gothique) semble bien appartenir au XV* siècle, mais il ne res- semble à aucun de ceux dont on a fait usage en Bre- tagne. Nous retrancherons donc (comme l'a fait Brunet) cet opuscule de la liste des impressions de Lantenac. Les deux autres sont légitimement attribués à ce lieu. Comme nous n'avons pu jusqu'à présent les voir et les étudier nous-mêmes , nous nous bor- nons à reproduire les deux articles que leur consacre Brunet. XVI. — Le Doctrinal des nouvelles mariées ocTRiNAL des nouuelles mariées *. — Cy jinist le Doctrinal des nouuelles mariées. Imprime a lante* wtac. Le cincquiesme iour doctobre lan mil quatre cens quatre vings xi, Jean Cres, in-4<> goth. à 24 lignes par page. Pièce très-rare qui n'a que 6 ff . y compris le titre , au verso duquel se voit une gravure en bois. Nous reprodui- sons ici la marque de l'imprimeur placée à la fin de cet opuscule 3. Il est à remarquer que La Serna Santander n'a pas placé Lantenac dans son tableau des villes qui ont eu des imprimeurs avant l'an 1 5oo. Ce Doctrinal se trouvait chez le duc de la Vallière dans un recueil de treize pièces (no 2904), lequel fut vendu seulement 1 5 fr. en 1784; mais le même recueil, ayant été ensuite divisé en 3 vol., pro- duisit 559 fr. à la vente Lair en 18 19, non compris l'art. 8 du vol. de la Vallière qui n'en faisait plus partie ; et celui de ces trois vol. qui contient, avec trois autres pièces, le Doctrinal impr. par Jean Grès, a été porté à 1400 fr. à la vente de J.-J. de Bure. Jean Grès avait déjà exercé sa presse, en société avec Robin Foucquet, à Lodeac [51c], dès Tannée 1484 (voy. Songe de la Pucelle). * Brunet, Manuel, 5* édil. t. II, col. 782 et 783. — » C'est un écu ou targe à fond noir, sur lequel s'enlèvent en blanc une étoile à 8 pointes placée en chef, en fasce un poisson qui res- semble à une sardine, en pointe une coquille Skiint-Jacques. qp i3 XVII. — Les Sept psaumes en français |ept psaumes (les) *. Cy commencent les sept pseaul- mes en franzoys. (Au v" du dernier feuillet) : Cy finissent les sept pseaulmes penitenciaulx et la letanie en fr anchois. [Lantenac, Jean Cres)^ pet. in-40 goth. de 18 ff. à longues lignes. Édition fort rare. Le verso du premier f. porte une gravure sur bois représentant David. Le 2« f. commence par le titre ci-dessus ; et au verso du dernier, au dessous de la souscription , se voit la même marque de Jean Cres qui est à la fin du Doctrinal des nouvelles mariées impr. à Lantenac en 1491 (voy. Doctrinal, tome II du Montie/, col. 782). Les psaumes sont traduits en 119 strophes de 4 vers de 6 syllabes ; chaque strophe est précédée du texte latin. On trouve, à la suite des psaumes, la litanie de tous les saints en français , le Pater, VAve Maria, une oraison en français, enfin les vni vers de saint Bernard moult deuot\ et proufitables , et deux oraisons , Tune à Dieu , l'autre à Nostre Dame. La marque si caractéristique de Jean Crès suffit pour indiquer avec certitude l'atelier de Lantenac. Mais dom Plaine affirme ' qu'avant d'employer cette marque à Lantenac , Jean Crès s'en était servi , avec Robin Foucquet, à Bréhant-Loudéac. Erreur : les impressions de Bréhant ne portent aucune marque. * Bninet, Manuel, 5* édil., t. V, col. 293. — * Revue de Bre- tagne et de Vendée, 1875, 2* semestre, p. 248 et 463. IMPRESSIONS DE NANTES |n a certainement lieu de s'étonner que Nantes, capitale de la Bretagne au XV* siècle, rési- dence favorite de François II, prince lettré, ami des ans , n'ait pas eu d'imprimerie pendant le règne de ce duc, d'autant que, sauf les deux dernières années, ce règne fut pour la Bretagne, en particulier pour Nantes, une époque de grande prospérité. Il est sûr toutefois qu'en 1482, quand l'art typo- graphique s'exerçait déjà à Angers , à Poitiers , à Caen, il était encore inconnu à Nantes. A cette date, cette ville avait un libraire activement occupé à répandre dans toute la Bretagne les pro- duits de l'imprimerie. L'extfait suivant (inédit) des Registres de la chancellerie de Bretagne fait con- naître rijnporiance de son commerce : Commission adrecée aux seneschaulx, baillifz et allouez de Cornouaille, Treguer, Léon, Morlaix et de Kerahès, impetrée de la part de maistre Guillaume Tousé, libraire, supposant que, ou moys de janvier derroin, il fît marché avecques ung nommé Guillaume de Lespine , de Tevesché de Cornouaille, de porter des livres vendre et adenerer * * Échanger contre deniers comptants. 100 IMPRESSIONS en Basse Bretaigne et ailleurs en ce païs et duché pour le temps de dcmy an finissant au moys de juin derroin ; lequel temps révolu, ledit Guillaume devoit et s'estoit obligé rendre compte et relicqua audit Tousé de la vente qu'il auroit faicte desdiz livres ; et ce faisant , ledit Tousé estoit tenu luy bailler et poyer la somme de diz escus pour ses paine et sallaire. Ledit Tousé, en vertu dudit marché, a baillé audit de Lespine grant numbre de livres jucques à la valeur de cinq cens livres et plus. En vertu de quoy a celuy Guillaume vendu et distribué grant nombre desdiz livres et reccu grant somme de monnoye au moyen de la vente : de quoy n'a depuis rendu compte , combien que le temps soit piecza ^ passé et escheu et que par pluseurs fois en ait esté sommé et requis. Et pource que iceluy de Lespine est vacabond et que ledit Tousé ne savoit par quelle court le convenir >, il est mandé aux juges et chas- cun dessusdiz de sommer ledit de Lespine de rendre compte et Telicqua audit Touzé, et en son reffus ou delay, le arrester jucques à bailler suffisante et solvable caution de rendre compte devant l'un des juges dessusdiz. — Scellé à Nantes le 23 décembre 1480^, Cette somme de 5 00 livres , valeur des volumes confiés à Lespine, représente plus de i5,ooo francs d^aujourd'hui , et sans doute Tousé avait d'autres facteurs que celui-là. Le commerce de la librairie en Bretagne était donc déjà fort actif et d'une importance réelle. Or, veut-on savoir où les libraires de Bretagne s'adressaient pour faire imprimer des livres ? Ce même Tousé fut chargé par l'évêque de Nantes , Pierre du Chaffault, d'éditer en 1480 le bréviaire de * Depuis longtemps. — ^ Devant quel tribunal l'assigner. — * Extrait d'un mandement du duc François II pour Guillaume Tousé, Reg. de la Chanc. de Bref, année 1480, f. 180 V (Arch. de la Loire -Inférieure). Le registre ne contient autre chose que cet extrait. DE NATTTES lOI son diocèse , en 1482 le missel : il s^adressa pour ces deux œuvres importantes à des typographes de Venise *. Certes, si Nantes avait eu à ce moment un imprimeur, on ne serait point allé si loin chercher le secours de Tétranger. Il y a donc tout Heu de considérer Etienne Larcher comme le premier imprimeur de Nantes , et les Lunettes des princes, dont nous allons parler tout à Theure , comme sa première impression. Mais il n^était pas Nantais ou du moins n^avait pas toujours habité Nantes, car dans les souscriptions des Lunettes, il a soin (on va le voir) de se désigner ainsi : «c Estienne Larcher, imprimeur et libraire , à présent demourant à Nantes. » Donc , un peu avant la date de cette impression (1493), il demeurait ailleurs. Qui ramena à Nantes ? On ne sait. Mais^le carac- tère du premier livre imprimé par lui peut aider aux conjectures. Meschinot avait servi avec fidélité les cinq der- niers ducs bretons, il les célèbre dans ses vers, il fait particulièrement Téloge du père et de la mère d^Anne de Bretagne, il fut en dernier lieu maître d^hôtel de cette princesse. Qui peut avoir désigné ce livre à Larcher pour inaugurer ses presses, sinon Anne elle-même, encore plus lettrée que son père, très-amie des poètes, et qui se plaisait à entretenir par tous les moyens la flamme du patriotisme breton ? De là on est induit à croire que cette princesse provoqua ou du moins favorisa rétablissement de Larcher à Nantes. Conjecture, sans doute, mais très-plausible. * Voir Biographie bretonne, 1. 1, p. ayS (article de M. Bizeul). IÔ2 IMPRESSIONS DE NANTES Si nous insistons autant sur Larcher, c^est que son atelier typographique prit une tout autre impor- tance que les autres dont nous avons parlé et qui nVurent qu^une existence passagère. Celui de Larcher est la première imprimerie fondée en Bretagne dans des conditions de durée sérieuse. &^£®%^T#aë3&'am^MgeiUt^c anffi n^e.fou^i6mt^ f wnç» iSt mtmolte quif fditft que mvtt me pon^ine lBan( iay accee tt^ pfyie mmUMie qnef^nvr jTar te convoie que tout pfat(it mef^imgim & a fa fit) que ^oetite tefttvnqne Je me 9ap nud be fêne cSme ^te c^frmr tmtfiUtmctvefy^^ 0ut me % Çaulitee me fm^ji me (^ 0ue le itdp pfue aufruç que fie» mt ^9eittè^ S0aie maifttee moj^eimonl^nmtefihec^ & tout maC^t meft eff )(Mttaqe efc^cn Jf ef{ iwi} tempe que qdefuèment'me ï^oeifft iSfl iCmefcÇiefquefnotf cuèutne tecuetffip /rettee nemYJttem6§ant comefà fwttCei j^ap foiifbte tant mue mwt tna^ttceu ^i fup fuppfy qupt fa mot^ maçtw^ Revue de Bretagne et de Vendée^ ^^l^i ^' semestre, p. 463. CONCLUSION [ES faits et des études qui précèdent essayons de dégager quelques résultats pour l'his- toire des origines de l'imprimerie en 'Bretagne. En voyant , la même année (1484-1485), presque au même instant , l'art typographique se révéler sur trois points de notre province notablement éloignés les uns des autres (Bréhant, Rennes, Tréguier), on ne peut manquer d'attribuer d'abord cette triple manifestation à une cause unique, assez puissante pour agir simultanément dans toute la Bretagne , c'est-à-dire, à l'influence du souverain, le duc Fran-» çois II, très-sympathique aux lettres, aux arts, aux études. On est même un peu tefité de s'étonner qu'Angers ayant eu l'imprimerie en 1477, Poitiers en 1479, Caen en 1480, ce prince ait autant tardé à l'introduire chez lui. Quand on regarde les faits de près, il se trouve que le duc n'y est pour rien. A Bréhant- Loudéac, c'est un seigneur — pas même, malgré son grand nom , un grand seigneur — qui appelle les imprimeurs, les protège et fait les frais de leurs premières impressions. A Rennes, c'est un bourgeois, Jean Hus. A Tréguier, ville tout ecclé- siastique où le duc n'avait rien , ce ne peut être que l'évêque ou quelque membre du chapitre. La simultanéité des trois éditions de la Coutume 1 20 CONCLUSION de Bretagne, publiées en 1485 à Rennes, à Tréguier et à Bréhant-Loudéac , a porté quelques auteurs à croire que l'imprimerie avait surgi en Bretagne comme auxiliaire du patriotisme breton contre les projets d'annexion de la cour de France. On eût cherché un moyen d'exciter, de fortifier ce patrio- tisme dans l'impression et la diffusion des monuments du droit national. Cette hypothèse n'a rien de solide. La Coutume de Bretagne, — même avec les Constitutions et éta^ blissements qui la suivent dans les trois éditions de 1485 — la Coutume contient exclusivement la légis- lation civile et la législation féodale interne de la Bretagne ; elle règle les droits des Bretons entre eux, les formes de la procédure devant les juridictions de Bretagne , mais on n'y trouve pas un mot touchant de près ou de loin à la question de l'indépendance bretonne. Si l'impression de la Coutume de Bretagne eût pu être considérée comme une arme contre les préten- tions du roi de France, le roi ne l'eût pas laissé imprimer chez lui. Or la première édition de notre Coutume est celle de Paris de 1480. En 1485, l'im- primeur Martin Morin, à Rouen et fort ostensible- ment, en fit une autre, véritable contrefaçon de l'édi- tion qui venait de paraître à Rennes. Enfin, en cette même année 1485, dans cette même ville de Rennes, de la même presse qui venait d'imprimer la Coutume, sortait le Floret enfranc:{oys, qui commence et finit par un éloge pompeux de la France et de son roi. La triple édition de la Coutume en 1485 n'a donc * D. Plaine, Essai sur Vimprimerie en Bretagne^ dans la Revue de Bretagne et de Vendée, 1875, 2* semestre, p. 247. CONCLUSION lai pas la signification qu^on lui prête, et n^indique nullement la cause qui introduisit Timprimerie en Bretagne. L'art typographique — avons -nous dit — était depuis plusieurs années établi à Poitiers, à Angers, à Caen, tout autour de la frontière bretonne ; il est donc tout naturel qu'en s'étendant de proche en proche, il ait tenté de franchir cette frontière , attiré, favorisé en cette entreprise par un gentilhomme lettré (Jean de Rohan), dont le goût particulier imprima aux premières productions de la typographie bretonne ce caractère littéraire signalé dans notre Introduction, qui les marque et les distingue de celles des autres provinces. La première apparition de l'imprimerie en Bre- tagne fut singulièrement féconde. Quatorze volu- mes, gros ou petits, en une seule année (1484-85) jaillissent de notre sol. Mais cette plantureuse moisson est suivie immédiatement d'une disette soudaine et absolue , disons mieux , d^une éclipse totale et pro- longée de la typographie bretonne. Tréguier, qui avait produit un seul ouvrage , se repose quatorze ans; Rennes, quarante (jusqu'en 1524); Bréhant, toujours. Bréhant s'était épuisé dans cette poussée merveilleuse qui avait mis au monde en quelques mois dix impressions. Passé 1485, pendant six ans, on n'imprime pas une ligne en Bretagne. C'est que les industries nouvelles , surtout celles qui s'adressent à l'intelligence, ont besoin de calme pour vivre. En 1485, la paix, la prospérité régnait en Bretagne. En i486, sur la frontière française se forma un gros orage ; vers la fin de cette année il grondait ; au début de là-suivante il éclata. Là com- 16 j 132 CONCLUSION mença cette cruelle guerre de cinq ans, dont le principal épisode fut la bataille de Saint- Aubin du Cormier et le résultat final l'annexion de la Bretagne à la France. Parmi les brutalités, les calamités, les misères de cette lutte , l'imprimerie ne pouvait vivre. Les maîtres étrangers , Foucquet et BellescuUée , qui l'avaient apportée en Bretagne, quittèrent le duché. C'est sûr pour BellescuUée, qu'on retrouve à Poitiers ; Foucquet ne paraît plus nulle part. Josses et Crès , compagnons de ces deux maîtres , mais (selon toute apparence) Bretons, restèrent en Bretagne. On ne sait rien de Josses , sinon qu'il ne suivit pas son maître en Poitou. Crès fit mieux. En octobre 149 1, quand la guerre commença de s'apai- ser *, il rétablit un petit atelier, non plus à Bréhant- Loudéac , c'est-à-dire en pleine campagne — ce lieu n'eût pas été sûr, — mais dans l'abbaye de Lantenac, protégée par son caractère religieux et par le proche voisinage d'une foneresse du vicomte de Rohan. Cette imprimerie ne produisit guère et eut peu de durée: elle ne put survivre au protecteur de Crès, Jean de Rohan, sire du Gué de l'Isle, mort en 1493. Heureusement, cette année même (1493), Etienne Larcher avait installé à Nantes un atelier typogra- phique destiné à une longue existence, et qui débuta par une œuvre toute bretonne (les Lunettes des princes] , dont le caractère nous porte à reconnaître — ^ A cette date , la duchesse Anne de Bretagne , enfermée dans Rennes , résistait encore énergiquement ; mais dans le reste du duché, le roi de France était le maître et agissait en souverain sans aucune opposition, au point de convoquer les États (D. Mo- rice, Preuves de VHist. de Bret,, III, yoS). Il n'y avait plus de guerre, et surtout pour les amis des Français et des Rohan , la sécurité était dès lors rétablie. CONCLUSION I a3 ou j si Ton veut , à deviner — dans la fondation de cette imprimerie et dans le choix de son premier livre, rintervention de la duchesse-reine Anne de Bretagne. Etienne Larcher imprimait encore en 1499. Après lui, Tatelier de Nantes fut successivement dirigé par son fils Guillaume (i5oi), par Tourquetil (iSo/), par Baudouyn (iSi/), etc. Cette fois , l'imprimerie était vraiment fondée en Bretagne; elle ne devait plus cesser de fonctionner dans notre province et de s'y développer de plus en plus. A d'autres le soin de continuer son histoire. Aux Bibliophiles Bretons le mérite d'en avoir posé la pre- mière pierre. Il I APPENDICE Le Doctrinal des nouvelles mariées UAND nous écrivions la page 96 ci-dessus, nous n^avions pu voir encore aucune impression de Lantenac. Depuis lors, M. Thomas Dobrée, pos« sesseur du Doctrinal des nouvelles mariées, a bien voulu nous communiquer cette curieuse plaquette avec une gracieuseté que nous ne saurions trop re- connaître. Le caractère employé dans ce livre diffère sensible- ment de celui des impressions de Bréhant-Loudéac ; il est un peu plus fort, moins anguleux, moins carré, moins original peut-être, mais mieux formé. Il se rattache cependant par un trait notable au caraaère bréhantais : il use exclusivement de Vy pointé , lettre rare, exceptionnelle, et qui garde à Lantenac la même forme qu^à Bréhant. Nouveau motif de ne point attribuer à Fatelier de Lantenac la Prise de Grenade y où Ton ne rencontre pas Vjr pointé (voir ci-dessus p. 95-96.) L^exemplaire du Doctrinal que possède M. Dobrée est celui dont a parlé Brunet et le seul que Ton connaisse. Il est relié dans un recueil compre« nant le Doctrinal des nouveaux mariés, la Complainte du trop tôt marié, et une autre pièce du même genre. ia($ APPENDICE M. Dobrée a bien voulu nous donner, pour la publier ici, la description de ce livret rarissime. f Note de M. Thomas Dobrée Le Doctrinal des nouvelles mariées est une pla- quette de six feuillets, petit in-4°, papier assez fort, à vergeures, sans filigrane. Lettres de forme, pas de majuscules, initiales au commencement des lignes, les y sont pointés ; signatures a et a ii au 2* et au 3* feuillet. Hauteur du texte, i25 millimètres ; lar- geur, 80 millim. Dimensions du papier, ijS millim. sur 146. Feuillet i*', au haut de la page recto, on lit : Le doctrinal des nouelles mariées. Mêmes caractères que ceux du texte. Au verso, une gravure sur bois très-grossière, offrant une vieille femme, que Ton peut supposer représenter la Sagesse ou la Morale , assise près d^une petite table pleine ; elle tient sur ses genoux un livre ouvert, la main droite appuyée sur un autre livre posé sur un lectrin. Elle paraît doctriner deux jeunes femmes agenouillées devant elle. Feuillet 2®, à droite , au haut du recto , on lit encore i Le doctrinal des nouuelles mariées. et au-dessous 21 lignes (3 sixains et un demi-sixain; — signature la lettre a. Feuillet 2* v^, 24 lignes (un demi-sixain, trois sixains et un demi-sixain.) APPBNDICB 1^7 Feuillet 3*, semblable (reao et verso) au a* feuillet verso. Au bas du reao la signature a ii. Feuillet 4*, semblable (recto et verso) aux deux précédents. Feuillet 5*. Le reao semblable à celui du f. 4* ; le verso a 21 lignes (un demi-sixain et trois sixains). Feuillet 6*, au reao, 6 lignes (un sixain) . Au dessous, à la distance de 2 lignes, la souscription : Çy finist le doctrinal des nou- uelles mariées Imprime a lan tenac Le cincquiesme iour doc tobre Lan mil quatre cens qua tre vigns xt Jehan Cres, Au dessous, un écu noir (une targe) sur lequel se dessinent, en blanc, une étoile à huit rayons, un poisson, une coquille. Le verso est blanc. Thomas Dobjrée. Le Doctrinal des nouvelles mariées se compose de i68 vers de dix syllabes partagés en 28 sixains. Ce n'est point, comme on pourrait le croire, une pièce facétieuse , mais une instruction très-grave et très-morale, un peu dans le goût des Maximes du mariage, qu'Arnolphe fait lire à Agnès dans VEcole des Femmes. On en peut juger par le débuts dont M. Dobrée a bien voulu nous donner copie : laS APPINDICI Nouuellement mariée, aprenez De mariaige les loys, et retenez : Honneur aurés de les retenir. Affin que mieulx vous vous y gouvernez En my le monde et longuement régnez, Ce qui s'ensuyt debuez entretenir. Nouuellement mariées, ieunes filles. Comme serpens debuez estre subtilles, Viure tousiours en grant simplicité Comme un colomb, et vous tenir gentilles, Sans point d'orgueil, honnestes et abilles : Femme est prisée qui garde humilité. Nouuellement mariée , obéissez A vos mariz en tout bien, c'est assez , Puisque sur vous ont domination. Si vous faillez, si le reconnaissez. Leur volonté bonne ne transgressez Quant ils vous ont en leur subiection. Nouuellement mariés, n'ayés cure En mariaige du i>eché de luxure, Qui tant est vil, détestable et infait. Tout mal en vient, tout venin et ordure. Est deshonneur, et puis il se pariure Soit homme ou femme marié qui le fait. ADDITIONS ET CORRECTIONS ous réunissons ici quelques observations qui ont été oubliées au cours de Pouvrage. 9 Sur le titre du volume et sur le titre spécial de la réimpression fac-similée du Trespassement Nàstre Dame, on voit, en guise de fleuron, le dessin de deux charmants jetons de Bretagne : Tun (sur le titre du Trespassement) est un méreau ducal du XV* siècle, Fautre un jeton des Etats de la fin du XVI*. Les ori* ginaux sont dans la collection de M. Alex. Perthuis- Laurant, qui les a fait graver et a bien voulu autoriser les Bibliophiles Bretons à user de ses clichés pour orner la présente publication. ¥ Un mot touchant les fac-similé joints au présent livre. Nous aurions voulu donner des spécimens de tous les caraaères employés dans les impressions bretonnes du XV* siècle. Certaines circonstances 17 i3o ABMXIOKS XX COMtECTKDfS nous ont empêchés de compléter cette collection. Toutefois il nous manque peu de chose. La réimpression totale du Trépassememt de la Vierge (ou Trespassement Nostre Dame) fait con- naître largement les dix impressions de Bréhant- Loudéac, qui toutes se ressemblent. — Celles de Rennes et de Pierre BellescuUée sont représentées par i'^écusson de la Coutume de Bretagne^ la clause concernant Jean Hus, et le. titre d=u Floret en français (ci-dessus, p. 69, 72 et 75). — Pour les impressions de Nantes, toutes sorties ^ l'atelier d'Etienne Lar- cher, nous avons une page entière des Lunettes des princes (p. 106). — Les impressions de Tréguier, de l'atelier de Calvez , sont amplement représentées ^. ^1 et ^) par la dernière colonne du Catholicon et la marque de Calvez, exactement reproduite. En la compar^mt au dessin gravé dans le Manuel de Brunet et l'édition du Catholicon de M. Le Men, on verra que ce dessin est fort inexact. Il omet les couronnes qui sont sur la tête des deux chimères et ia Ugne d'encadrement qui entoure la marque, ce tpn rend l'attitude des chimères grotesque et inex- plicable, — mais ce qui ne justifie point D, Plaine d'avoir vu dans ces bêtes fantastiques « deux chats- huants » (voir Revue de Bretagne et de Vendée ^ 1875, 2® semestre, p. 25o)., Pour être complet, il nous eût fallu, en outre, un fac-similé de la Coutume de Tréguier de 1485 et un Tac-simile des impressions de Lantenac ; le temps et les circonstances nous ont fait défaut. Quelque jour, nous l'espérons, les Bibliophiles Bretons pourront coml)ler cette lacune. ADDITIONS ET CORRECTIONS l3l Il est bon de rassembler ici , sous un même coup d'œil , tous les renseignements venus jusqu^à nous sur les exemplaires encore existants de nos vingt-deux incunables bretons. Sur ce nombre , il en est sei:[e dont on ne connaît qu'un seul exemplaire, savoir : 1. Trépassement Notre-Dame *. 2. Lois des trépassés. 3. Patience de Griselidis. 4. Bréviaire des nobles. 5. Oraison de Nesson. 6. Songe de la puce lie. 7. Miroir d'or de rame pécheresse. 8. Vie de Jésus-Christ. 10. Secret des secrets d*Aristote. 12. Floret en français. i3. Grande absoute de Pâques. 16. Doctrinal des nouvelles mariées. 17. Les Sept psaumes en français. 19. Lunettes des princes y 2* édition. 20. Heures à l'usage de Nantes. 22. Ordonnance de Charles VIII. Les dix premières de ces impressions (du TrépaS'^ sèment au Floret inclusivement) et la dernière * Le chifire placé devant chaque titre est le numéro d'ordre des volumes dans la liste générale des incunables bretons ci- dessus, p. I à 3. l32 ADDITIONS ET CORRECTIONS (Ordonnance de Charles VIII) sont à Paris, à la Bibliothèque Nationale. La seconde édition des Lunettes des princes (n** 19) est à la bibliothèque publique de Chambéry. Le Doctrinal des nouvelles mariées (n° 16) fait partie de la collection de M. Tho- mas Dobrée , à Nantes. — Quant aux trois autres (Grande absoute. Sept psaumes, Heures de Nantes, n®* i3, 17, 20), Pexistence en a été constatée d'une manière certaine, mais on ne sait trop où ils sont aujourd'hui ; nous faisons appel aux renseignements que pourraient avoir sur ce point les bibliophiles qui liront ce livre. Il y a. un des incunables bretons dont on a signalé deux exemplaires : c'est la Table de la Coutume de Bretagne, imprimée par Etienne Larcher (ci-dessus, n** 21). — L'un de ces exemplaires est à Paris, à la Bibliothèque Nationale ; l'autre à Nantes , dans le cabinet de M. Van Iseghem (Péhant , CataL de la Biblioth. de Nantes, t. I, p. 872, 2" col.). De chacun de nos cinq derniers incunables , c'est-à-dire des trois éditions de la Coutume faites à Bréhant-Loudéac , à Rennes et à Tréguier en 1485 (n°* 9, II, 14), du Catholicon breton (n° i5), et de la première édition des Lunettes des princes (n® 18), on a signalé trois exemplaires, comme suit : 9. Coutume de Bretagne imprimée à Bréhant- Loudéac : un exemplaire à la Bibliothèque Nationale, un autre à la bibliothèque de Rennes , un troisième à M. Dugast - Matifeux , à Nantes (renseignement fourni par M. A. Claudin). II. Coutume imprimée à Rennes : deux exem- plaires à la Bibliothèque Nationale , un autre à la bibliothèque de Rennes , coté aujourd'hui Ar* moire i^^ n? 161 1 bis. ADDITIONS ST CORRECTIONS l33 14. Coutume imprimée à Tr^uier : un exemplaire àk bibliothèque de Rennes, un autre à ThôteMe* ville de Morlaix, un troisième diaprés lequel Brunet a décrit le livre dans le Manuel et dont on ignore la destinée actuelle. i5. Le Catholicon breton : deux exemplaires à la Bibliothèque Nationale et un à celle de Quimper. De ces trois exemplaires, le seul complet est celui de la Bibliothèque Nationale qui a gardé sa reliure primitive en veau gaufré ; il est superbe. 18. Lunettes des princes y i^'^ édition : un exem- plaire vélin à la Bibliothèque Nationale , un exem- plaire papier à Sainte-Geneviève, un autre vélin, mais incomplet, à la bibliothèque publique du Mans (Brunet, III, i665). Voici quelques fautes à corriger : — Page 2, ligne 26. — Au lieu de : i5. Le Catho- licon de Jean Lagadec, il faut: iS, Le Catholicon breton. — Page 6 , ligne i5. — Au lieu de: comptant pour une ligne y il faut : comptant pour la 2j*^ ligne. — Pages II à 17. — Dans l'impression du long fragment du Trépassement de la Vierge cité à ces pages, il y a eu hésitation dans Temploi de VI ou du J majuscule au commencement des vers. On peut voir, dans la réimpression fac-similée de ce poème , que le caractère majuscule correspondant de Fimpri- merie bréhantaise descend au dessous de la ligne et l34 ADDITIONS ET CORRECTIONS ressemble par conséquent à un J. Mais là où la lettre majuscule est, dans le même mot, dans le même nom, remplacée par la petite lettre , il n^ a pas de doute, c^est un i qu^on met ; ainsi , à la souscription, c^est iehan cres. D^où il faut conclure que la majuscule correspondante, quelle qu^en soit la forme, a typo- graphiquement la valeur de VI et non du J actuel.— Il faudrait donc, dans ce fragment du Trépassement Imprimé p. ii à 17, substituer, au moins par la pensée, I à J partout. • . — Page 27, ligne 20. — On peut compléter ainsi le vers qui forme cette ligne : Et passe [ainsi] sepmaine après sepmaine. — Page 33, vers 14, au lieu de : Il n'a qui pleidîe ne gaîgne , Il faut : Il n'y a qui pleidie ne gaigne. — Page 40, vers 6, lisez : Dancer, voiler comme vne aronde. — Page 40, vers 11, au lieu de: essiqyssementj ' lisez : esiqyssement. — Page 40, ligne 16. — Au lieu de : Tant mieulx, ta nature [est] fourmée Il faut : Tant mieulx fa nature fourmée. ADDITIONS ET CORRECTIONS l33 — Page 41, lignes 12 et 1 3. — On pourrait, par Yoie de correction, modifier ces deux vers ainsi: Sauoir pucelle sobrement Doity sans vouloir estre subtille. Toutefois, la leçon de l'édition originale, repro- duite exactement par nous, p. 41, se comprend sans difficulté. — Ce petit poème du Songe de la Pucelle^ a eu d'autres éditions, quelques-unes même augmen- tées ; mais celle de Bréhant est incontestablement la plus ancienne. — Page 60, ligne 22. — Au lieu de: satisfaction, il faut: satisfation, — Page 62, ligne 32. — Au lieu de: osyes, il faut: sqyes (sois). — Page io3, ligne i. — Au lieu de: Les deux seuls exemplaires connus de ce livre rarissime, il faut : Les deux seuls exemplaires complets (pu à peu près) de ce livre rarissime [les Lunettes des princes, !'• édition). — Page 128, vers 10. — Au lieu de: colomb, il faut: columb. — Outre les deux exemplaires de la Table de la Coutume de Bretagne d'Etienne Larcher, indiqués ci-dessus p. i32 (1. i3 à 19), il en existe un troisième appartenant à M. le baron Jérôme Pichon et qui a figuré à l'exposition des beaux-arts à Nantes en 1872 (voir le catalogue de cette exposition, p. 91). LE TRESPASSEMENT NOSTRE DAME IMPRIMÉ A BREHANT-LOVDEAC Réimprimé en fac-similé A NANTES EN l'an mil vni°.Lix.viii. <§ttolfU foft Cctm et f c ioiif b Cht A pldtt a no^tt cvcotoitt Ottaftiltur 8e la bUtQt tnatU f^CjUittoue efl vendit la ^ie ^ tseitû; ptondtc c^ Immainc |9av ono^ fumée itii^ |m0 & fMutc ^ CAe iefTeeoè ta com)Mtoi^ 9taicc|ue9 fi fagenoiua Sa tsietge <|uant outt cela ^« (ouM (nuint l'on aais ^obtCcl t>mt fan« pint iexceif Gui fon Smain onmmcia (Et tUj^ Dift âuc inam 13)ù;3e mavie Dieu te fàUtt Qui au monî>e tttfo» èalut aCon t!xr f rt j ma ké tranfmi» QCmfî com A tanoit ytomi» poat eflte a ton txtffaffsment tt quel fêta bien briefuenunt (EtTJOUt gatentit et siffeaSjc SCon anu fi nul boutait ptanStc (Et !miant lut ta pttfcntet OUnfi ie te ieil gotenttt' fto^« certaine bietgc marie (Un ama» (ntOurable tiie Ueej cfe la gialme c^uA tenu^ poax te ciietit ^t tonne» iaé< SBmoifte foft refle iemit £nt tcf4»ndtt fan» &tmiir Za binrgc qui dârimat$>)c ^touuetnoit la \>terge marte onne«gen0 plufottte <8ut actendoteut fu &tram« tietge et mtte cfâ a cIktc tic (En Itt^ difâttt bterge morir 3ie^n (onguemcnt ttt ttiae Ccffee dam beniv Uoit tci 6ten a^mcc QlkC fdintient d que tnon en^itt <8ut cfiott en (() cvotjc pevtboant \Snq peu ouant ofuA fôuffrtft mott dUe tecoumanOa o to^ fott £e bon telm fî ft ttccia %t Se vt^^f ta'vccoia <^ comme c(ie (bonfifl SmiouSe» <8ui lauo« tUec fait tnan^et i>tent \wc ft gtant datte CiUniptK Sr to^e fom aisiuttc (Builj en entrent treftout a Utu S^oM fouoit dUtX; Srbitoicnt opiertc <ët fand totder la Ixfmu dmic ^t lou^c en cotp^ et en amc mt ten&te en (a pUce Ou (e« capou^vtê efloient tm$ e â^H^o^ nitlaw pties t)téu tufiow poux tmofi <ët tnc inonfltc; te t»u0 ett ptie ^it e^ ^c^ en eef{ T^^ptilcve <^tft fomct pievte plu» dou(;^U dt tvefioié<^ U (Et en tournant niee ttc (Sut ou tempe dttvânt de ma hic ^f^Jite de U (toix Sefcet^t '£e tout du benoifl (endtedt Qit le mi^^ en fon monument 3l^n parle plu» cevtatnement 3Ie ne (e fcat pc» dou^t dwe Ole lut ^ë f ouf]M« la mavttre ^omme tefcvtpt fait mention <^ littve U fa paffïon <§t bMiicoixp ù cpofz9 fecvetee <8tte tôt acette fin Setraictee potte te nombtev et meetre auont ^infi comme ia^i dit tauant <ët gavde le rotpe & marie i&nma maUfon utn dotti>tes mie 3KtcqiU0 a fon tvefpaffemetit 3ien fttoj^c bien fêur pâffemetlt %infi oui ouvatemeimawcc f^ trtfpdlfmtfit fait* ^0ttH»lU4 ^t